Togo: un statut particulier pour le chef de file de l'opposition

Jean-Pierre Fabre, chef de file du principal parti d'opposition, l'ANC, à Lomé, le 29 avril 2015.
© AFP / ISSOUF SANOGO

La loi portant sur le statut de l'opposition dormait depuis deux ans dans les tiroirs. Réuni en Conseil, le gouvernement togolais a adopté ce mardi le décret de mise en application, dont bénéficiera le président du parti d'opposition qui aura le plus de députés pendant la législature.

Le décret détermine les privilèges du chef de file de l'opposition qui a rang de président d'institution selon le protocole d'Etat et donc, dispose des avantages pécuniaires et matériels.

Le chef de file de l'opposition togolaise ne disposera pas que de droits, il aura aussi des obligations. Il doit veiller, précise le texte, entre autres, à préserver l'intérêt supérieur de la nation dans le cadre de ses activités, à se conformer aux devoirs citoyens et républicains et participer aux manifestations publiques officielles auxquelles il sera invité.

Un cadeau empoisonné pour Jean-Pierre Fabre ?

Jean-Pierre Fabre dont le parti l'Alliance nationale pour le changement (ANC) dispose de plus de députés dans cette législature est le premier bénéficiaire de cette décision.

Cette loi a suscité beaucoup de commentaires depuis sa publication : c'est un guet-apens tendu au leader de l'ANC pour l'amener à la soupe, disent certains. Non, répond l'intéressé, pour qui c'est une loi impersonnelle et de portée générale.

Dans tous les cas, pour l'application de cette loi, il y a bien des choses à clarifier comme ces fêtes ou manifestations officielles auxquelles le chef de l'opposition sera invité et qui datent de la période du parti unique, parti-Etat.

El Hadj Mbodj est professeur de droit constitutionnel à l'université Cheikh Anta Diop de Dakar. Selon lui, la création d'un statut de chef de l'opposition a souvent permis d'apaiser le climat politique, mais dans plusieurs pays ce statut n'est pas effectif.

Il faut éviter que cela débouche sur un statut de façade qui soit destiné seulement à donner le change. Je constate que dans certains pays comme la RDC, où l'opposition est censée avoir un statut, l'opposition n'est pas vraiment considérée comme elle devrait l'être.
El Hadj Mbodj
27-01-2016 - Par Anne Cantener