Disparition au Burundi: qu'est devenue la trésorière de la ligue Iteka?

Photo de Marie-Claudette Kwizera sur le site de la FIDH qui a lancé une campagne internationale pour alerter sur sa disparition.
© Crédit: FIDH

Le 10 décembre, Marie-Claudette Kwizera, la trésorière de l'une des principales ligues des droits humains du Burundi, Iteka (« dignité » en français), est arrêtée. La famille apprend très rapidement qu'elle aurait été pratiquement enlevée dans la rue par des agents du très redouté Service national de renseignement (SNR). Depuis, plus rien. Les autorités des services secrets qui dépendent directement de la présidence refusent de s'exprimer sur le sujet ou disent ne pas être au courant de cette arrestation Retour sur cette disparition dans un Burundi en proie à une crise profonde depuis la décision du président Pierre Nkurunziza de briguer un troisième mandat il y a neuf mois.

Toute la journée, des inconnus l'avaient appelé au téléphone en disant souhaiter la rencontrer, ce qu'elle avait refusé. Vers 18h, alors qu'elle sortait d'un hôpital en plein centre-ville, deux hommes l'abordent et l'obligent à monter à bord d'une voiture aux vitres teintées, identifiée plus tard comme appartenant au Service national de renseignement (SNR) du Burundi. La famille de Marie-Claudette Kwizera va tout tenter pour la retrouver.

Deux jours plus tard, le 12 décembre, un agent des services secrets, connu sous le sobriquet de « Taïzon », leur promet sa libération contre une rançon d'environ 2 000 euros, somme qui lui est payée mais il n'en sera rien. La famille de la trésorière de la ligue des droits de l'homme Iteka va finalement se décider à porter plainte. L'agent Taïzon et un membre de la famille qui l'avait approché sont arrêtés et incarcérés début janvier.

Un cas emblématique

Aujourd'hui, 48 jours après la disparition de Maire-Claudette, son mari et ses deux filles de dix ans et cinq ans sont désespérés, selon ses proches. Aucun responsable burundais ne s'est exprimé sur ce cas devenu emblématique de la répression qui s’exerce au Burundi où de nombreux cas d'exécutions extrajudiciaires ou de disparitions forcées ont été signalés, malgré les pressions de nombreuses organisations internationales. La FIDH a lancé depuis une campagne internationale en faveur de sa libération qui n'a pas fait réagir des autorités burundaises.

« S'ils ont tué notre Maire-Claudette, explique un de ces proches, qu'ils nous donnent au moins son corps pour qu'on l'enterre dignement ». Mais là aussi, ce cri du cœur n'a pas été entendu jusqu'ici. Et d'ajouter que la famille de Maire-Claudette Kwizera « continue toutefois d'entretenir une lueur d'espoir ».