Rwanda: des questions après la mort d'un imam, abattu par la police

La mosquée de Kimironko dans laquelle officiait l'imam Muhammad Mugemangango, le 25 janvier 2016,
© CYRIL NDEGEYA / AFP

Lundi, la police rwandaise a annoncé avoir tué un imam, soupçonné « d'orienter les jeunes vers le jihad et de les recruter » pour qu'ils rejoignent les rangs de l'organisation Etat islamique en Syrie. Selon la version de la police, c'est au retour d'une perquisition à son domicile, deux jours après son arrestation, que le religieux a tenté de s'échapper avant d'être abattu. La police assure également avoir « détecté la formation de réseaux terroristes ». Les autorités rwandaises n'avaient jusque-là jamais évoqué ce type de menace dans le pays. Mais ce décès pose question.

Devant la mosquée de Kimironko dans laquelle officiait Muhammad Mugemangango, un responsable rechigne à parler aux journalistes. « Cette nouvelle m'a surpris, explique l'homme. Après on ne sait pas ce qui se passe dans la vie privée des gens, poursuit-il. En tout cas, ici il ne se passait rien », lâche-t-il en partant.

Un fidèle de 23 ans a du mal à croire les accusations pesant sur l'imam. « On aurait dû le juger, pas le tuer », déplore-t-il.

Pour l'heure, la police se refuse à dévoiler les preuves de la culpabilité du religieux qu'elle dit détenir, ou même à donner plus de détails sur les circonstances de sa mort. « L'enquête est toujours en cours », répète son porte-parole. Selon la police, l'imam rwandais a été tué au retour d'une perquisition à son domicile, deux jours après son arrestation alors qu'il tentait de s'échapper.

Une version qui ne convainc pas un défenseur rwandais des droits de l'homme. Ce dernier rappelle que ce n'est pas la première fois que des détenus sont abattus par la police, accusés d'avoir tenté de s'échapper. Il cite notamment la mort en mai 2014 d'un ancien responsable local suspecté de collaborer avec la rébellion FDLR. Il dit sans détour craindre des « exécutions sommaires ». Le mufti, principale autorité de l'islam au Rwanda, prend quant à lui la défense de la police : « C'était un accident ».