La France exige la libération de deux journalistes arrêtés au Burundi

Jean-Philippe Rémy (à gauche) et Phil Moore (à droite) ont été arrêtés au Burundi jeudi 28 janvier 2016.
© CHARLY TRIBALLEAU, PHIL MOORE / AFP

Deux journalistes ont été arrêtés, parmi d'autres personnes, à Bujumbura jeudi 28 janvier 2016. Il s'agit du Français Jean-Philippe Rémy, envoyé spécial du quotidien Le Monde au Burundi, et d'un photographe britannique du nom de Philip Moore, travaillant notamment pour l'AFP. Leurs employeurs et la diplomatie française réclament leur libération. Paris a profité du sommet de l'UA pour faire passer son message.

Les autorités burundaises assurent que les deux journalistes « se portent très bien et sont bien traités ». Ils ont été déférés au parquet a la mi-journée. C'est ce dernier qui décidera de les inculper ou non.

Jeudi, les autorités burundaises ont investi une maison où, selon elles, se réunissaient des criminels armés. Quinze personnes ont été arrêtées. Les deux journalistes, qui se trouvaient à cette réunion également, dans le cadre de leur travail, ont été interpellés à ce moment.

Impossible de travailler au Burundi

Depuis le début de la crise burundaise, la plupart des médias indépendants d'information ont été détruits ou contraints de fermer dans le pays. Les journalistes n'ayant pas fui le pays, malgré les menaces et autres attaques, vivent dans la clandestinité.

Il n'est plus possible, pour eux, de travailler de manière indépendante au Burundi. C'est la situation dans laquelle s'est retrouvé notre correspondant Esdras Ndikumana, et c'est ce qu'explique également Innocent Muhozi, président de l'Observatoire de la presse burundaise, qui vit depuis plusieurs mois en exil.

Ceux qui restent « rasent les murs »

« C’est un contexte de huis clos médiatique, c’est un contexte de discours unique, où il n’y a que le discours officiel, que le discours du parti au pouvoir qui est diffusé sur les médias d’Etat », décrit notre confrère.

« Tout ce qui est voix discordantes ou indépendantes est traité d’ennemi, de complice des terroristes ou de terroristes eux-mêmes, ajoute M. Muhozi. (...) Ceux qui sont dans le pays ne peuvent plus travailler de manière indépendante. Ils doivent raser les murs, ils doivent travailler sur des sujets périphériques. »

La France demande leur libération

Ce vendredi matin, le directeur du quotidien Le Monde, Jérôme Fenoglio, a relaté les circonstances de l'arrestation de nos confrères sur l'antenne de RFI. Il exige leur libération, comme l'Agence France-Presse, qui emploie également Phil Moore, ou encore le ministre français Laurent Fabius, qui a publié un bref communiqué (voir notre article).

Ce qui se passe au Burundi depuis le début des manifestations contre le troisième mandat de Pierre Nkurunziza inquiète, et pas uniquement dans la sous-région. L'Union africaine craint elle aussi les potentielles « conséquences dévastatrices » de cette crise grave.

On en parle aussi à Addis-Abeba

Ce samedi doit s'ouvrir officiellement le 26e sommet de l'UA à Addis-Abeba, une rencontre spéciale sur le Burundi, avec une dizaine de chefs d’Etat du continent et Pierre Nkurunziza lui-même. Dès ce vendredi soir, doit avoir lieu sur place une rencontre préliminaire entre chef d'Etat.

Nul doute qu'il sera question également de l'arrestation des deux journalistes internationaux. Dans la capitale éthiopienne, beaucoup de gens en parlent ce vendredi, à commencer par les représentants de la France dûment accrédités pour le sommet, alors qu'une délégation du pouvoir burundais est sur place.

Ce vendredi, très tôt, les principaux représentants de la France à Addis-Abeba, Hélène Le Gal pour la présidence et Jean-Christophe Belliard pour le Quai d'Orsay, ont rencontré le chef de la diplomatie burundaise Alain Nyamitwe, et lui ont demandé que nos deux collègues soient relâchés.