Procès à la CPI: les victimes regrettent l'absence de Simone Gbagbo

Simone Gbagbo à son arrivée à la cour d'assises d'Abidjan, lundi 23 février 2015.
© AFP/ISSOUF SANOGO

Le procès de Laurent Gbagbo et son ancien ministre Charles Blé Goudé s'est ouvert jeudi 28 janvier à la Cour pénale internationale de La Haye. Dans le box des accusés, une absente cependant : l'épouse du principal accusé, Simone Gbagbo, que la CPI réclame au gouvernement ivoirien. Les victimes représentées dans ce procès aurait souhaité qu'elle soit présente.

Avec notre envoyée spéciale à La Haye,  Bineta Diagne

En mars 2015, Simone Gbagbo a été condamnée par la justice ivoirienne à vingt ans de prison ferme pour attentat contre l'autorité de l'Etat et participation à un mouvement insurrectionnel. Seulement, la machine judiciaire ne s'est pas arrêtée là. La Cour pénale internationale accuse également l'ex-première dame de Côte d'Ivoire de quatre chefs d'inculpation, relevant des crimes contre l'humanité. Et en mai 2015, la chambre d'appel de la CPI confirme la recevabilité de l'affaire Simone Gbagbo devant la justice internationale.

Depuis, la Cour envoie régulièrement des requêtes au gouvernement ivoirien pour demander le transfèrement de Simone Gbagbo à La Haye. Geste que refuse Alassane Ouattara, le président ivoirien. « Tout le monde sait qu'elle a joué un rôle néfaste dans la crise, affirme M. Ouattara. Nous préférons la juger ici en Côte d'Ivoire, comme tous les autres à venir, parce qu'en réalité, nos tribunaux sont capables de juger tous les Ivoiriens », assure le chef de l'Etat.

« Elle militait activement pour le maintien de son mari au pouvoir »

Dans le camp des victimes, on ne l'entend pourtant pas de cette oreille. Vendredi 29 janvier, Paolina Massidda, avocate des 726 victimes autorisées à participer au procès par son intermédiaire, a notamment expliqué dans une longue intervention, combien « les victimes de la crise regrettent que Mme Gbagbo ne soit pas elle aussi à La Haye ».

« Elles considèrent que la vérité sur les évènements qui se sont déroulés lors de la crise post-électorale ne sera pas complètement dévoilée, ni leurs histoires réellement comprises, jusqu'à ce que le rôle majeur joué par l'ancienne première dame lors de la crise soit mis en lumière devant une cour de justice, a insisté l'avocate. Elles estiment en effet que le procès qui a eu lieu en Côte d'Ivoire l'année dernière ne concernait pas la crise post-électorale. Son rôle ne se limitait pas à soutenir son mari. Elle militait activement pour assurer le maintien de son époux au pouvoir. De nombreuses sources relatent son engagement dans la lutte politique. »

Présent vendredi à l'audience, l'avocat du président Ouattara, Me Benoit, a rappelé que Simone Gbagbo « n'occupait aucune fonction dans la hiérarchie gouvernementale ». Avant d'ajouter sur le ton de la plaisanterie que « les crises au sein du couple Gbagbo ne relèvent pas de la Cour pénale internationale, mais d'un conseiller conjugal ». Au nom de la réconciliation et de la manifestation de la vérité, plusieurs organisations des droits de l'homme critiquent ce manque de volonté politique, et demandent que la justice ait accès à toutes les personnes impliquées dans les violences.