Sommet de l'UA: victoire diplomatique pour Idriss Déby

Le président tchadien Idriss Déby au sommet de l'Union africaine, à Addis-Abeba, le 30 janvier 2016. Idriss Déby va assurer la présidence tournante de l'UA pendant un an.
© TONY KARUMBA / AFP

Le sommet de l'Union africaine a démarré samedi 30 janvier à Addis-Abeba, en Ethiopie. Au programme : de nombreux dossiers sécuritaires. Mais le temps fort de cette journée a été la passation de pouvoir à la tête de la présidence tournante de l'Union africaine. Le Zimbabwéen Robert Mugabe a passé la main à Idriss Déby, une victoire diplomatique pour le président tchadien, à l'approche de la présidentielle au Tchad.

Avec notre envoyé spécial à Addis-Abeba,  Christophe Boisbouvier

2016 commence bien pour le chef de l'Etat tchadien. Cette mission d'un an à la présidence l'Union africaine vient conforter l'influence diplomatique grandissante d'Idriss Déby. Et tout cela à l'approche de la présidentielle au Tchad prévue en avril prochain.

Il y a cinq ans, cette élection était hautement improbable. Arrivé au pouvoir par les armes en 1990, Idriss Déby a longtemps suscité la méfiance dans les chancelleries.

Jusqu'en janvier 2013, le Tchad n'était pas un acteur majeur de la scène africaine. Il était beaucoup plus connu pour ses conflits internes que pour ses capacités à se projeter à l'extérieur. Témoin : la bataille de Ndjamena en février 2008 où le régime d'Idriss Déby avait failli tomber et où le numéro 1 de l'opposition, Ibni Oumar Mahamat Saleh, avait été kidnappé par des militaires, on ne l'a plus revu depuis. L'opposition au président l'accuse régulièrement de fraude électorale ou de violations des droits de l'homme.

Allié incontournable

Mais à partir de janvier 2013, tout a changé. Pour faire face à une puissante agression jihadiste dans le nord du Mali, Bamako a dû faire appel en priorité à deux pays amis : la France et le Tchad.

Réputé proche du ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, il a appuyé l'intervention française au Mali en 2013 en envoyant ses troupes. Depuis, la France a choisi la capitale tchadienne, Ndjamena, pour installer le centre de son opération militaire Barkhane de lutte contre les jihadistes dans le Sahel.

Un comité de chefs d'Etat pour la Libye

Déby est également très actif dans la lutte contre l'Etat islamique en Afrique de l'Ouest (ex-Boko Haram) dans la région du lac Tchad. L'armée tchadienne, considérée comme l'une des plus expérimentées du continent a mené de nombreuses offensives au Nigeria voisin début 2015.

Nous ne pouvons pas avancer ni parler de développement si une partie du corps du continent est malade
I. Déby : les pays en crise
31-01-2016 - Par Christophe Boisbouvier

Depuis trois ans, Idriss Déby a donc pris une nouvelle stature internationale. Il s'est imposé comme un allié incontournable dans la lutte contre le terrorisme. « Nous devons être les acteurs principaux dans la recherche des solutions aux crises africaines et non des observateurs passifs des solutions élaborées ailleurs, comme ce fut le cas en Libye. » Et de poursuivre sur le chaos libyen : « S'agissant de ce pays qui nous est cher, et qui vit une terrible tragédie, je préconise que l'Afrique prenne une initiative à travers un comité de chefs d'Etat soutenu par l'ONU en vue de parachever les efforts faits par l'envoyé spécial du secrétaire général des Nations unies. »

Samedi 30 janvier, ce leadership encore frais a été récompensé, au grand dam de ses opposants qui redoutent que son rôle au sein de l'Union africaine déséquilibre la présidentielle à venir.

Réactions

Le parti au pouvoir, le Mouvement patriotique du salut (MPS), se réjouit de l'élection du président Déby Itno à la tête de l'organisation panafricaine. Son secrétaire général, l'ex-Premier ministre Emmanuel Nadingar, estime que c'est même « une très bonne nouvelle ».

C’est une nouvelle attendue et nous la recevons avec beaucoup de joie et beaucoup de fierté en tant que Tchadiens...
L'ex-premier ministre Emmanuel Nadingar, secrétaire général du parti au pouvoir, le Mouvement patriotique du salut
30-01-2016

L'opposition tchadienne craint que cette nouvelle fonction donne à Idriss Déby un avantage pour la présidentielle tchadienne d'avril prochain et même qu'elle lui permette d'éviter les sanctions en cas de fraudes ou d'éventuelles violations des droits de l'homme. C'est ce que redoute le député Ngarléjy Yorongar, coordinateur du parti d'opposition FAR.

Ca me choque, dans la mesure où Idriss Déby est à la veille d’une campagne électorale et un coup de pouce de l’UA à Idriss Déby...
Le député tchadien Ngarléjy Yorongar, coordinateur du parti d'opposition FAR (Fédération action pour la République)
30-01-2016 - Par Adrien De Calan