Lutte contre Boko Haram: 250 millions de dollars promis

Des éléments de l'armée tchadienne dans les rues de Gambaru, au Nigeria, le 4 février 2015. Près de 2 000 soldats tchadiens seraient aujourd'hui dans la régionde Diffa pour combattre Boko Haram.
© REUTERS/Stringer

250 millions de dollars. C’est la somme promise par la conférence des donateurs pour lutter contre le groupe Boko Haram, qui a rallié l'organisation Etat islamique. La promesse a été faite, ce lundi 1er février, au siège de l'Union africaine (UA) à Addis-Abeba, en Ethiopie, par la conférence des donateurs. Cette somme est destinée à financer la Force d'intervention multinationale qui lutte contre le groupe islamiste dans le bassin du Lac Tchad.

La communauté internationale s'est engagée à verser 250 millions de dollars à la Force du bassin du lac Tchad. Union européenne, Etats-Unis, communautés régionales africaines et bien d'autres ont apporté leurs contributions.

Cependant, de la promesse à l'acte, il y a un pas. C'est ce qu'a souligné le Tchadien Idriss Déby, nouveau président de l'Union africaine. « La contribution multiforme des Etats et partenaires est plus que jamais attendue. Toutefois, nous souhaiterions vivement que toutes ces annonces de contributions qui sont faites aujourd'hui soient honorées d'urgence afin de démontrer notre ferme engagement dans la lutte contre le terrorisme », a déclaré le président Déby.

Une somme plus que nécessaire, car poursuit le président de l'organisation panafricaine, Boko Haram n'est pas uniquement une menace régionale. « Il y a à souligner que le coût d'une guerre face à un ennemi tel que Boko Haram, qui représente une menace à la paix et à la sécurité mondiale est très élevé et que seuls les états du Lac Tchad et le Bénin ne peuvent continuellement supporter. »

La Force, qui inclut le Tchad, le Nigeria, le Niger, le Cameroun et le Bénin, a été approuvée l'an dernier et renouvelée il y a deux semaines. Le commissaire à la Paix et la Sécurité de l'UA, Smaïl Chergui, explique à quels domaines précis l'argent sera alloué : « Nous souhaitons mettre l'accent notamment sur le transport et les mouvements de troupes, l'évacuation médicale, les infrastructures, les systèmes d'information et communication ainsi que les renseignements, la surveillance et les capacités de reconnaissance », a précisé le commissaire à la Paix et la Sécurité de l'UA.

Ce financement accordé par l'Union africaine est donc perçu comme une bouffée d'oxygène. « Cela permettra d'améliorer nos capacités logistiques », explique une source camerounaise. D'après ce responsable, « cela facilitera l'achat de munition, d'alimentation pour les soldats et l'entretien des ressources humaines ».

Des avancées, mais la prudence reste de mise

Car, en attendant, sur le terrain, les résultats sont mitigés faute, justement, de moyens financiers. « Boko Haram n'est plus capable d'opérer librement, ni de contrôler des territoires comme ils le faisaient. Nous faisons d'immenses progrès dans cette bataille. Mais nous devons encore rester vigilants, nous devons partager les renseignements et coopérer les uns avec les autres », explique Geoffrey Onyeama, ministre des Affaires étrangères du Nigeria.

La porosité avec l'État islamique peut tourner à l'avantage de Boko Haram. L'urgence, ont répété les ministres présents, est de couper le pont le plus rapidement entre ces deux organisations terroristes.

La Force multinationale se compose de 8700 policiers, gendarmes et militaires.
Les pays impliqués dans cette organisation gèrent chacun une zone : le premier secteur, basé à Mora, est contrôlé par les militaires camerounais. Le second secteur, dans le Lac Tchad, est géré par les éléments tchadiens. Et le troisième secteur, à Dikwa, est contrôlé par l'armée nigériane.

Depuis l'été 2015, le concept opérationnel, la répartition des zones d'intervention ainsi que les aspects juridiques sont déjà bien définis. Sur le terrain, il n'y a pas de guerre frontale, mais essentiellement des attentats suicides ou des attaques ponctuelles de villages. Point positif : les armées camerounaises et nigérianes parviennent désormais à coordonner certaines opérations. Ce qui a ainsi permis, en août, de reprendre rapidement la ville d'Achigachia, envahie par des éléments de Boko Haram, le temps d'une matinée.

Par ailleurs, face au silence des Nations unies, Smaïl Chergui a tenu à leur demander publiquement de renforcer leurs efforts pour les réfugiés et les personnes déplacées.