Centrafrique: à Kabo, isolé, on vit la campagne dans l'insécurité

Une famille de déplacés cuisinent dans la cour d'une église catholique de Bouca, au sud de Kabo, où ils ont trouvé refuge après une incursion de rebelles de l'ex-Seleka, le 26 avril 2014.
© AFP PHOTO / ISSOUF SANOGO

La ville de Kabo, située au centre-nord de la RCA, à 70 km de la frontière tchadienne, est au cœur d’une zone toujours aux mains de l’ex-Seleka. Les combattants ont empêché la tenue du référendum, entrainant l’arrivée d’un petit contingent de vingt-six casques bleus de la Minusca. Le premier tour des élections s’est en revanche déroulé dans le calme, même si certains bureaux ont fermé à 16h pour éviter l’insécurité plus forte la nuit. Mais la présence de ces hommes armés, complique la vie des populations.

Comment les électeurs ont-ils arrêté leur choix dans cette région reculée ? A quoi ressemble une campagne électorale à Kabo et ses environs ?

« Le problème de l'insécurité totale se pose. Vous savez, Kabo est l'azimut de la rébellion. » Enoque sort rarement de Kabo, surtout la nuit. Et pour voyager, il faut avoir beaucoup d'argent. Sur les quelque 110 km qu'il y a entre Kabo et Kaga-Bandoro, au sud-est, il peut y avoir quatorze barrières, souffle-t-il.

Eloi, lui, habite un petit village entre Kabo et la frontière tchadienne. Comme de nombreux habitants de la zone, il dénonce des cas de racket commis par certains éléments de l'ex-Seleka. « Ici, on a ni les gendarmes, ni les policiers. On appelle les Seleka, c'est eux maintenant les autorités. Les autorités de l'Etat avant, ils étaient formés. Ils connaissent bien les droits et les devoirs des citoyens ; mais eux, ils ne les connaissent pas. Ils ont besoin d'argent. »

Les hommes de l'ex-Seleka ont mis en place des barrières de contrôle, à l'entrée et à la sortie de Kabo, sur l'axe principal nord-sud de la ville. Ils occupent aussi les locaux de la police et de la gendarmerie. Il y a quatre mois, un sous-préfet nouvellement nommé a subi des menaces, il n'est pas resté plus de 48h dans la ville. Les 26 éléments de la Minusca, sous-équipés, observe un couvre-feu à 17h. Si ces dernières semaines, la tension était un peu retombée, la situation reste volatile. Il y a quatre jours, des différends entre des combattants de deux factions rivales des ex-Seleka a fait un mort à l'arme blanche.

Le difficile accès à l'information, l'absence physique des candidats

Dans le petit village de Mudu, entre Kabo et le Tchad, même le réseau téléphone ne passe pas. Alors, pour s'informer sur les élections, c'est la débrouille, souligne Jonas : « Cette année la campagne a été très difficile. Elle s'est faite sournoisement, de bouche-en-bouche. Il y a de l'insécurité, on ne pouvait pas aller [aux meetings] et être reconnus ! »

Les habitants de Kabo et les déplacés, installés aux abords de la ville, sont à peine mieux lotis, confirme Crépin, pourtant avide de se renseigner sur les programmes : « La campagne est médiocre. On a pas bénéficié des journaux. La radio de Bangui fonctionne difficilement. Il y a quelques postes récepteurs, mais il n'y a pas de moyens pour acheter des piles pour écouter les infos. »

Quelques rares candidats aux législatives ou leurs représentants ont toutefois sillonné Kabo et ses environs. En revanche, les habitants rencontrés ne se souviennent pas avoir vu de représentants des prétendants à la présidence. Choisir en conscience n'est donc pas évident. « Pour nous, lettrés, ce n'est pas difficile ; mais pour ceux qui ne comprennent pas, qui ne savent pas lire ou écrire, cela pose problème. Or, il faut quand même penser pour faire un bon choix. Je pense que celui qui est admis à la députation ou aux élections, il doit faire quelque chose pour moi. Il y en a qui vont voter compte-tenu de l'argent. »

De nombreux habitants espèrent maintenant une visite des deux finalistes à la présidentielle, ce serait une signe fort pour cette région qui se sent oubliée. « Cela fait trois ans que l'Etat a quitté Kabo, rappelle Faustin, un autre habitant du village. On n'a pas vu de gendarmes, ni de policiers, ni d'enseignants... alors, on a l'espoir que les élections soient transparentes et que le gouvernement reprenne le travail pour nous envoyer sécurité, santé et éducation. La RCA est vaste », ce n'est pas seulement la capitale Bangui, insiste Faustin. « Celui qui sera élu devra veiller sur tous les Centrafricains, car chez nous à Kabo, nous vivons seulement grâce aux ONG qui nous donnent un peu de nourriture. Sinon, on moisit. »