CPI: le camp Gbagbo contre-attaque et charge les soutiens de Ouattara

Des supporters ivoiriens de l'ancien président Gbagbo suivent le procès en direct à la télévision, le jour de l'ouverture des débats jeudi 28 janvier 2016 à Gagnoa.
© REUTERS/Thierry Gouegnon

Au troisième jour du procès inédit de Laurent Gbagbo devant la Cour pénale internationale de La Haye, c'est au tour des défenseurs de l'ex-président ivoirien, jugé pour crimes contre l'humanité avec son ancien ministre de la Jeunesse Charles Blé Goudé, de faire entendre leur position. Ce lundi 1er février dans la matinée, l'avocat de l'ancien chef d'Etat a ouvertement mis en cause les autres parties engagées dans la crise post-électorale de 2010-2011 : l'actuel président Alassane Ouattara, mais aussi la France.

Ce lundi 1er février à La Haye, c'est au tour de la défense de dévoiler les grandes lignes de ce que sera sa stratégie durant le procès de Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé, jugés pour crimes contre l'humanité. Laurent Gbagbo, 70 ans, est le premier ex-président poursuivi par la CPI depuis sa création.

Et ce lundi matin, l’avocat de l’ancien président ivoirien a clairement affiché sa position, qui consistera durant ce procès à « combler les silences du procureur, donner à voir un autre scénario ». Pour Emmanuel Altit, « la préméditation est avérée, Alassane Ouattara et ses soutiens voulaient se saisir du pouvoir par la force et la bataille d'Abidjan est la mise en application de cette stratégie. »

Et le conseil de M. Gbagbo d'attaquer : « En les faisant disparaitre du récit, veut-on faire oublier que l'armée de combattants pro-Ouattara venue du Nord à la fin du mois de mars 2011 avait laissé derrière elle un sillage de sang, commettant des massacres innombrables ? »

« Peut-être veut-on faire oublier qu'à leur arrivée à Abidjan, continue Me Altit, ces soldats s'étaient livrés à toutes sortes de crimes sur la population, dont des viols massifs. Veut-on faire oublier les crimes, les pillages et les viols dont s'étaient aussi rendus coupables à Abidjan dès décembre 2010 soldats et mercenaires pro-Ouattara ? »

La France mise elle aussi en cause pour le camp Gbagbo

La défense a donc pris le parfait contrepied de la thèse de l'accusation pour développer une tout autre vision de la crise post-électorale ivoirienne. Non seulement Me Emmanuel Altit, principal avocat de Laurent Gbagbo, nie que son client ait établi dès les années 2000 un plan meurtrier pour rester au pouvoir, mais il renvoie l'accusation sur son rival Allassane Ouattara, accusé d'avoir préparé sa prise de pouvoir par la force.

Ce, avec l'aide de mercenaires recrutés dès début 2010 au Burkina Faso. « Si ce sont les forces de sécurité qui étaient attaquées, tout le récit du procureur s’écroule et les preuves en ce sens sont innombrables. Si ce sont des groupes d’assaillants, organisés militairement et lourdement armés, qui lançaient des attaques et qu’une stratégie visant la prise du pouvoir par la force est discernable, alors le récit du procureur s’écroule », énumère l'avocat de l'ancien chef d'Etat.

Et de conclure en renvoyant également à M. Ouattara l'argument de la préméditation brandie par la procureure contre Laurent Gbagbo : « Si ces groupes de soldats et mercenaires ont été, dès avant les élections, infiltrés à Abidjan pour certains, transférés à l’hôtel du Golfe pour d’autres, organisés dans le nord du pays en vue de l’assaut final pour les derniers, alors la préméditation est avérée. »

Emmanuel Altit reproche à la procureure de la CPI, Fatou Bensouda, d'avoir ignoré les exactions commises selon lui par les forces pro-Ouattara et le rôle joué de la France dans cette crise. Paris est accusée d'avoir fourni des armes aux forces pro-Ouattara malgré un embargo décrété par l'ONU, et d'avoir appuyé en sous-main l'offensive qui a mené à la chute de Laurent Gbagbo en avril 2011.

« La France ne voulait pas d'une paix négociée », a conclu l'avocat, dressant par ailleurs de son client Laurent Gbagbo, le portrait d'un homme « de paix », qui s'est toujours battu pour l'unité pour la démocratie et contre la Françafrique. Un engagement qu'il aurait finalement payé de sa chute, selon son conseil.