Afrique du Sud: 10 et 17 ans de prison pour les meurtriers d’un immigré

Un des agresseurs présumés d'Emmanuel Sithole, au tribunal de Johannesburg, le 21 avril 2015.
© AFP PHOTO / MUJAHID SAFODIEN

En Afrique du Sud, deux hommes ont été condamnés lundi 1er février à de dix et dix-sept ans de prison pour le meurtre en avril 2015 d'un immigré mozambicain. La victime avait été poignardée en plein jour dans une rue du township d'Alexandra à Johannesburg. Les photos de l'agression d'Emmanuel Sithole ont fait le tour du monde. Le photographe James Oatway, qui accompagnait le journaliste Beauregard Tomp, couvrait les violences dont sont victimes les travailleurs immigrés en Afrique du Sud. Ils s'étaient rendus dans le township d'Alexandra à Johannesburg où vivent quelque 400 000 personnes. 

Moins d'un an après la mort d'Emmanuel Sithole, ses agresseurs ont été condamnés à 17 et 10 ans de prison. Dix-sept ans pour celui qui l’avait poignardé, et dix pour celui qui l’avait frappé avec une clé anglaise. Un troisième, mineur, a lui été condamné à 5 ans de prison avec sursis et a été relâché sous contrôle judiciaire.

Le juge Lucas van der Schyff a condamné ce meurtre brutal, les agresseurs ayant continué à attaquer leur victime alors qu'elle était à terre, blessée. « Les remords doivent être sincères et l'accusé doit entièrement coopérer lors de ses confidences. Dans ce cas, l'accusé numéro un n'a clairement pas exprimé de remords. Et continue d'accuser la victime », lui a-t-il reproché.

Le meurtre brutal de cet immigré mozambicain avait choqué. L'homme tenait une petite échoppe dans la rue. Ses trois agresseurs, eux, étaient sans travail.

Marc Gbaffou, président d’une organisation de la diaspora africaine, se félicite de cette condamnation : « C'est un soulagement parce qu'au moins, quand un migrant est tué en Afrique du Sud, il peut avoir justice. »

Beaucoup de crimes restés impunis

Tout en se félicitant de cette isue, il n'est pas dupe et sait que la médiatisation de ce fait-divers a joué dans le verdict : « Il y a eu justice. Mais on nous dit que c'est parce qu'une vidéo a été prise, qu'elle a circulé partout, le monde entier a été alerté. Ces images font que vous ne pouvez pas dire "est-ce qu'il y a des preuves?". »

Il regrette ainsi le nombre de fois où il n’y a pas de procès : « Parce que les membres du gouvernement, les élus locaux, les gens cherchent toujours à couvrir quand il y a ces crimes. La semaine passée, un Nigérien a été tué par des policiers. Toute la police s'est soulevée pour dire que le migrant avait dû avaler la drogue qu'il avait et qu'il était décédé. Des migrants sont tués de manière quotidienne et souvent et il n'y pas de jugement. On dit qu'il n'y a pas assez de témoignages pour constituer un dossier et traduire les gens en justice, donc on les relâche et ces crimes se répètent. »

Les épisodes de violences contre les immigrés africains sont fréquents. Dans un pays où le taux de chômage dépasse les 25 %, les étrangers sont régulièrement accusés de prendre le travail des Sud-Africains. En 2008, de graves violences xénophobes avaient fait plus de 60 morts.