L'éditeur du jeu Call of Duty attaqué par la famille de Jonas Savimbi

Jonas Savimbi dans Call of Duty : Black Ops 2.
© Call of Duty

Un jeu vidéo peut-il porter atteinte à l'honneur d'une personne ? C'est que va examiner la justice française mercredi 3 février dans une affaire où l'éditeur du jeu vidéo Call of Duty est attaqué en diffamation par les descendants de Jonas Savimbi. Dans le jeu, le chef rebelle angolais est représenté comme une « brute barbare ». La famille réclame 1 million d'euros de dommages et intérêts et le retrait du jeu incriminé.

Dix ans plus tard, c'est en béret rouge et tenue militaire que Savimbi, le chef rebelle d'Angola, refait surface en allié du héros du jeu vidéo « Call of Duty », Alex Mason, et dans son rôle de chef de guerre face au MPLA, Mouvement populaire de libération de l'Angola. Dans une des séquences, il apparaît dans le feu des rafales ennemies, haranguant ses troupes depuis un char, lance-grenades à la main, aux cris de: « Il faut les achever ! ».

Pour la famille, cette mise en scène « outrancière » élude sa personnalité de « stratège » et de « leader politique ». « Chef de guerre, oui », mais pas seulement : « ami » de Mandela, « il a été un personnage important de la Guerre froide, il était défendu par les grands de ce monde, comme Reagan », énumère l'avocate des enfants, Me Carole Enfert.

En face, la défense de « Call of Duty » argue que Savimbi a été représenté « pour ce qu'il était »: un « personnage de l'histoire angolaise », « un chef de guérilla qui combat le MPLA », résume l'avocat d'Activision, Me Etienne Kowalski. D'autant que, relève-t-il, Savimbi apparaît sous un jour « plutôt favorable », en « gentil » allié du héros. Au-delà du fond, l'avocat entend par ailleurs plaider la prescription des faits.

Avec 250 millions d'exemplaires écoulés dans le monde depuis sa création en 2003, « Call of Duty » a déjà mis en scène Fidel Castro, John F. Kennedy ou encore l'ex-dictateur déchu du Panama Manuel Noriega, 81 ans. Ce dernier avait déclaré la guerre au jeu culte, l'accusant de voler son image et de l'incarner en traitre patibulaire. En vain : la justice américaine avait rejeté sa plainte en 2014.