Ouganda: les «empêcheurs de crime» suscitent de l'inquiétude

Un policier ougandais dans Kampala, en mars 2015.
© AFP PHOTO/ ISAAC KASAMANI

A l'approche des élections générales, les tensions se font un peu plus palpables en Ouganda. Gouvernement et ONG dénoncent la formation de groupes proches de milices dans les différentes formations politiques. Mais les plus craints par la société civile sont sans doute les « empêcheurs de crimes » (crime preventers en version originale). Ce sont des civils recrutés et commandés par la police afin d'assurer la sécurité pendant les élections par manque de personnel.

L'objectif avancé par les autorités est le recrutement d'au moins 30 éléments par village. Une source sécuritaire affirme que ces « empêcheurs de crimes » sont actuellement plus d'un million dans le pays.

Ils font déjà face à de nombreuses critiques, mais le porte-parole du gouvernement, Owfono Opondo, réclame des preuves de ce dont on les accuse : « Je mets au défi les membres de l'opposition d'apporter un, deux, trois, quatre, cinq "crime preventers" qui ont été impliqués par exemple dans le fait d'avoir arraché des affiches de campagnes ou d'avoir frappé des gens. Nous souhaiterions que les membres de l'opposition qui font de telles allégations les présentent aux forces de police. »

Amnesty demande leur suspension

Supposés être une force neutre au service des citoyens, il semble pourtant, selon différents témoins, qu'ils soient recrutés principalement dans les rangs du camp présidentiel, le NRM. Leur nombre et leur engagement politique inquiètent les observateurs.

« Nous devons réitérer notre inquiétude à propos de la question des "empêcheurs de crime". Nous sommes toujours convaincus du fait que, autant la police a le devoir de protéger les gens et les vies, d'assurer le respect de la loi et l'ordre durant les élections, autant de notre côté nous devons nous assurer qu'ils sont déployés dans cet objectif et ne sont pas engagés dans des actes de violence ou de criminalité », confie Linvingstone Sewanyana, directeur de la Fondation pour l'initiative en faveur des droits de l'homme.

Amnesty international, associée à d'autres organisations, dénonçait encore récemment des intimidations et des recours à la force, pratiqués par certains des membres de ces «empêcheurs de crime». L'ONG demande la suspension de ces groupes.