Affaire Nkandla: Zuma prêt à rembourser une partie de l'argent public

Le président sud-africain Jacob Zuma se dit prêt à rembourser une partie de l'argent public utilisé pour rénover sa résidence privée.
© Reuters/Nic Bothma/Pool

Le président sud-africain fait marche arrière dans le scandale Nkandla. Jacob Zuma a annoncé qu’il était prêt à rembourser une partie de l’argent public dépensé pour rénover sa résidence privée. Il s’agit d’un des plus gros scandales de ces dernières années en Afrique du Sud, avec plus de 15 millions d’euros d’argent public utilisés à des fins privées. Cette décision tombe alors que dans quelques jours, la Cour constitutionnelle doit examiner l’affaire.

Le retournement de situation est inattendu. La semaine prochaine la plus haute cour du pays doit examiner l’affaire Nkandla. Mais Jacob Zuma a finalement cédé à la pression avant.

Dans un communiqué publié dans la soirée du 2 février, la présidence a indiqué que le chef de l’Etat souhaitait régler cette affaire à l’amiable. En d’autres termes, il est prêt à rembourser une partie de l’argent déboursé pour rénover sa résidence privée, Nkandla. Le chef d’Etat propose que le ministre des Finances et l’auditeur général se mettent d’accord sur la somme qu’il doit rembourser.

Près de 15 millions d’euros d’argent public ont été utilisés officiellement pour améliorer la sécurité de la résidence. Dans les faits, la maison s’est notamment enrichie d’une piscine, d’un amphithéâtre et même d’un poulailler aux frais des contribuables.

L’affaire a fait scandale

L’affaire Nkandla a été dévoilée en 2014. La médiatrice de la République, chargée de veiller à l’utilisation des deniers de l’Etat, a rendu un rapport accusant Jacob Zuma d’avoir « indument bénéficié » des travaux. De son côté, le président s’est toujours refusé à obtempérer.

Son parti, l’ANC, majoritaire au Parlement, fait tout pour le couvrir, allant même jusqu'à prétendre que la piscine est un bassin de rétention d’eau en cas d’incendie.

Pourquoi cette volte-face ?

La première raison de ce retournement de situation est la plainte déposée par les deux principaux partis d’opposition pour contraindre Jacob Zuma à rembourser.

La seconde raison est l’approche de la date d’examen de l’affaire par la Cour constitutionnelle d’Afrique du Sud. Les avocats du chef de l’Etat lui ont probablement signifié qu’il risquait de perdre cette bataille juridique et lui aurait conseillé de rembourser une partie de l’argent. Un moyen d’éviter une humiliation pour Jacob Zuma, qui doit également prononcer son discours à la nation devant le Parlement dans quelques jours.

L’opposition rejette l'offre

Cependant, les partis d’opposition ont catégoriquement rejeté cette offre. Pour le leader populiste Julius Malema, qui est à l’origine de la campagne « Pay back the money » (Remboursez l’argent), il est hors de question de trouver un compromis. « Nous voulons juste savoir quand est-ce qu’il va rembourser l’agent. »

Pour Mmusi Maimane, leader de l’Alliance démocratique, l’action en justice doit aller jusqu’au bout, la Cour constitutionnelle doit rendre sa décision. Maimane ajoute que le président n’est pas au-dessus des lois, et que cette proposition d’arrangement à l’amiable est une fois de plus une tactique du chef de l’Etat pour éviter d’être responsable devant la justice.

Un compromis, pas un aveu de culpabilité

Mais selon Michael Hulley, conseiller juridique du président, ce dernier a toujours indiqué qu'il respecterait le rapport de la médiatrice. « Oui le président a dit qu'il ne rembourserait pas l'argent, mais il a expliqué pourquoi, défend-il. Premièrement parce que personne, ni la médiatrice, ni qui que ce soit d'autre, n'a spécifié quelle somme il devait rembourser. Deuxièmement, il a également dit que ce n'est pas à lui de déterminer le prix des travaux liés à sa sécurité. »

Pour le parti au pouvoir, l'ANC, le chef de l'Etat n'est pas coupable d'abus de fond public. Et cette proposition n'est pas une admission qu'il y a eu abus. Mais simplement une volonté de trouver une solution négociée.

Quant à la médiatrice de la République, elle s'est félicitée de la nouvelle. Et a indiqué qu'elle étudierait la proposition de Jacob Zuma.