Inquiétude sur le sort de deux opposants érythréens détenus au Soudan

Des réfugiés érythréens dans un camp à Kassala, dans l'est du Soudan, non loin de la frontière, le 22 octobre 2015.
© AFP PHOTO / ASHRAF SHAZLY

Deux importantes personnalités de l'opposition érythréenne ont été arrêtées samedi dernier au Soudan. Hussein Khalifa, président du Front de libération de l'Erythrée (FLE), ainsi qu'Abdallah Hamdoi, membre du comité exécutif de son parti, sont détenus depuis par les services de renseignement dans un lieu inconnu. L'état-major de leur mouvement s'inquiète du sort qui va leur être réservé, alors que le Soudan est l'un des derniers alliés du régime érythréen en Afrique.

Samedi 30 janvier, à Kassala, à quelques kilomètres de la frontière avec l'Erythrée, des agents du service de renseignement soudanais font irruption au domicile de la famille de Hussein Khalifa, le président du Front de libération de l'Erythrée, le FLE, un mouvement historique de l'opposition érythréenne. Le vieil homme, âgé de 73 ans, alors en visite dans le pays, est embarqué de force et n'a plus été revu depuis.

Quelques heures plus tard, c'est au tour d'un membre du comité exécutif du FLE, résident depuis quarante ans à Kassala, un dénommé Abdallah Hamdoi, d'être arrêté. Les autorités soudanaises n'ont fourni aucune explication sur cette double arrestation.

Bientôt livrés aux autorités érythréennes ?

Du côté du FLE, c'est l'inquiétude. Un membre du comité central interrogé par RFI craint que les deux hommes ne soient livrés aux autorités érythréennes. « Le Soudan ne nous a fourni aucune explication sur leur arrestation. Mais nous savons que les autorités soudanaises ont d'excellentes relations avec le régime en Erythrée. On ne peut pas s'empêcher de faire le rapprochement, souligne Idriss Humed Ibrahim. Hussein était juste venu rendre visite à sa famille, notre quartier général se trouve à Addis Abeba, en Ethiopie. Il est entré légalement au Soudan, pas illégalement. Mon collègue Abdallah, quant à lui, est réfugié politique au Soudan depuis 1976, quand nous participions à la guerre d'indépendance. »

« Nous sommes inquiets, insiste-t-il, parce que les autorités soudanaises pourraient les livrer aux autorités érythréennes, ce qui serait très triste. Le gouvernement en Erythrée n'obéit à aucune règle. Tout peut arriver et ils pourraient y laisser leur vie. Mais au-delà de leur cas particulier, nous appelons l'Union africaine, les Nations unies, toutes les organisations concernées, à se pencher sur le cas de l'Erythrée en général. »

Cas de disparitions inquiétantes

Car des agents érythréens opèrent librement dans l'est du territoire soudanais, une région où vivent de très nombreux réfugiés érythréens et où des cas de disparitions mystérieuses ont déjà été signalés par le passé.

Selon un journaliste érythréen en exil, des accrochages entre un groupe inconnu et l'armée érythréenne ont eu lieu ces dernières semaines. L'Erythrée soupçonnerait le FLE d'être responsable de ces opérations.