Sierra Leone: les femmes attendent la légalisation de l’avortement

Même si une nouvelle loi autorisant l’avortement quelle qu’en soit la raison a été votée par le Parlement, le président ne l’a pas encore promulgué. Ici, des étudiantes sierraléonaises.
© William Vest-Lillesoe/IBIS

Le 4 février, Amnesty International et Human Rights Watch ont demandé au président de la Sierra Leone, Ernest Bai Koroma, de promulguer la loi autorisant l’avortement. Avec cinq ONG sierra-léonaises de défense des droits de l’homme, ces organisations rappellent que cette loi a été votée par le Parlement du pays en décembre 2015. L’avortement, même s’il est toujours illégal (sauf si la vie de la mère est en danger), est tout de même pratiqué dans la clandestinité, malgré les risques que cela comporte.

En décembre dernier, le Parlement a largement voté en faveur d’une loi sur l’avortement. Elle donne la possibilité aux femmes d’avorter dans les douze premières semaines de leur grossesse. Cette période est allongée à 24 semaines dans les cas de viol, d’inceste ou d’éventuel problème de santé pour le fœtus ou la femme.

La loi actuelle, qui date de 1861, criminalise l’avortement, sauf dans les cas où la vie et la santé physique et/ou mentale de la mère sont en jeu. Cette disposition est toujours en vigueur tant que le président Ernest Bai Koroma ne promulgue pas officiellement la nouvelle loi, dite 2015 Safe Abortion Bill.

C’est ce qu’ont voulu lui rappeler Amnesty International, Human Rights Watch ainsi que cinq ONG sierra-léonaises de défense des droits de l’homme (50/50, AdvocAid, le Centre pour la responsabilité et le règne de la loi, IPAS Sierra Leone et Wi Di Uman Dem Coalition), dans une lettre ouverte, publiée le 4 février.

Une semaine plus tôt, un groupe d’experts de l’Organisation des Nations unies (ONU) et de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples incitait également le président sierra-léonais à signer le 2015 Safe Abortion Bill.

Dans un communiqué, ces experts affirmaient regretter que « certains groupes, notamment des organisations religieuses, retardent la signature de la loi, alors que le président l’a renvoyé au Parlement pour réexamen ».

« Un des pires taux de mortalité maternelle du monde »

Actuellement, même si la loi interdit l’avortement, il est pratiqué dans la clandestinité, en particulier dans les zones rurales. Or, « l’avortement à risque (…) est l’un des principaux facteurs qui contribuent à la mort maternelle », explique Aisha Fofana Ibrahim, médecin et présidente de 50/50, une organisation de la société civile qui soutient une égale représentation des hommes et des femmes dans la vie publique.

Human Rights Watch rappelle ainsi que « la Sierra Leone a l’un des pires taux de mortalité maternelle du monde ». Selon l’Organisation mondiale de la santé, ce taux est de 1 360 morts pour 100 000 naissances en 2015.

La Sierra Leone a pourtant fait des efforts importants ces dernières années, notamment depuis la fin de la guerre civile en 2002. Le taux de mortalité maternelle a baissé de 48,3 % depuis 1990, selon l’ONU. Le taux de mortalité des nouveaux-nés dans les 28 jours après leur naissance a également fortement diminué :

La nouvelle loi permettra aussi aux mineures d’avorter, avec l’autorisation d’un parent ou d’un tuteur, dans ce pays où 90 % des femmes sont déjà mariées à 18 ans. Au 19 janvier 2016, la loi est toujours en réexamen au Parlement, selon IPAS Sierra Leone, une ONG qui favorise notamment le droit des femmes à pouvoir avorter.

Si cette loi était officiellement promulguée, la Sierra Leone rejoindrait la Tunisie, le Cap-Vert, le Mozambique et l’Afrique du Sud dans les pays d’Afrique qui autorisent l’avortement quelles qu’en soient les raisons.