Les Rehfram, le rendez-vous des francs-maçons d'Afrique

Cette année, les Rencontres humanistes et fraternelles d’Afrique francophone et de Madagascar se tiennent à Douala, au Cameroun.
© Wikimedia CC BY 2.0/Christine Vaufrey

Les 24e Rencontres humanistes et fraternelles d’Afrique francophone et de Madagascar (Rehfram) s’achèvent ce samedi. Pendant deux jours, à Douala, au Cameroun, près de 350 francs-maçons d’Afrique, d’Europe et d’Amérique ont échangé, discuté et débattu. Un forum à huis clos qui permet notamment d’aborder des questions d’actualité. Cette année, les participants ont planché sur la montée de l’intolérance et de la violence.

Avant l'ouverture des 24e Rencontres humanistes et fraternelles d’Afrique francophone et de Madagascar (Rehfram), les délégations ont été accueillies par le ministre camerounais de l’Enseignement supérieur. Elles sont hébergées dans un grand hôtel de Douala avec des tarifs préférentiels, négociés pour l’occasion.

Pendant deux jours, les réflexions se déroulent dans un cercle restreint. Il y a d’abord une assemblée, puis des travaux de groupe. Ces rencontres, une sorte de forum entre francs-maçons, sont notamment l'occasion de mieux divulguer les rites d'initiation maçonnique. Mais à côté de cela, les « frères » et « sœurs » planchent chaque année sur une problématique. La question d'actualité est la suivante : « Face à l’intolérance et à la violence, quels sont les devoirs des francs-maçons ? »

Des paroles aux actes ?

Une réflexion qui donne lieu ensuite à une déclaration finale. Mais que deviennent donc ces appels de principes ? Parmi les participants, certains prônent le changement, l’action : « La maçonnerie africaine doit délivrer un message sur l’actualité mondiale », clame un des participants qui regrette le fait « les synthèses des précédentes éditions ne soient pas exploitées ».

Au sein du comité d’organisation, on note toutefois une évolution : « Les formations africaines commencent à s’assumer », constate un maçon camerounais. Avant de poursuivre : « Il est bien difficile de se faire entendre quand on est à l’écart ».

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Le prochain rendez-vous de la franc-maçonnerie africaine se tiendra dans un an, les 3 et 4 février, à Madagascar.


Des francs-maçons racontent leur expérience

Des francs-maçons ont accepté de se dévoiler pour évoquer l’intérêt de ces rencontres qui se déroulent loin des regards du grand public.

C’est à l’origine par curiosité que Joseph Badila décide d’adhérer à une loge maçonnique. 34 ans plus tard, ce franc-maçon reste marqué par le jour de son initiation au Grand Orient de France. « On est impressionné par ce qu’on appelle le cabinet de réflexion. Quand vous êtes emmurés dans une chambre noire et on vous demande de répondre à un questionnaire sous forme de testament, tu te demandes ce qui va t’arriver ! On te demande de réfléchir sur ton passé, sur le présent et sur l’avenir », raconte-t-il.

En 1983, Joseph Badila crée une loge maçonnique à Brazzaville. Ce cadre lui permet d’échanger sur les valeurs morales et philosophiques avec ses « frères » et « sœurs » actifs dans d’autres loges du continent. Notamment à l’occasion, chaque année, des Rehfram.

Mais pour Joseph Badila, la maçonnerie africaine a encore beaucoup à faire pour jouer un rôle dans la société. « Vous avez la corruption qui gangrène la société et donc la maçonnerie peut être cet outil essentiel pour qu’il y ait des hommes qui doivent absolument améliorer cette société », espère-t-il.

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Encore faut-il que les déclarations finales de ces rencontres soient appliquées par leurs membres. Or ces dernières années, des maçons aguerris voient affluer un grand nombre d’initiés, parfois motivés par une bonne dose d’opportunisme. Comme l’explique Charles Mba, qui est aujourd'hui au 33e degré du rite écossais. « Est-ce qu’il y a de plus en plus de gens qui franchissent le pas, oui ? Est-ce qu’ils le franchissent bien, j’ai peur que non, souligne-t-il. Il y a effectivement l’idée reçue que la franc-maçonnerie peut ouvrir un certain nombre de portes. »

L'équerre et le compas, symboles maçonniques. © AFP PHOTO/REMY GABALDA