Areva accusée par WikiLeaks d'avoir mis en danger ses ouvriers en RCA

Le géant français du nucléaire est accusé
© AFP PHOTO BERTRAND GUAY

Areva est accusée de négligence en Centrafrique. WikiLeaks a publié vendredi une série de documents qui pointent du doigt l'attitude du géant français du nucléaire sur son exploitation de Bakouma, à l'est du pays. Le site d'information accuse l’entreprise d'une part de ne pas avoir protégé ses employés contre les radiations d'uranium, d'autre part d'avoir bâclé la réhabilitation du site après son retrait du pays en 2012.

Des ouvriers sans protection, en contact parfois direct à mains nues avec de la terre qui contient de l'uranium. C'est ce que pointe du doigt un rapport publié sur le site WikiLeaks. Le texte est rédigé par un comité en charge de suivre le processus de retrait d'Areva. Il n'est pas daté, ni signé. Ce comité déplore notamment ne pas avoir eu accès aux dossiers médicaux du personnel.

L'obstruction

Joint par RFI, Gilles Récoché, directeur du réaménagement des sites miniers d'Areva, a réfuté ces accusations. Il assure que « dès le démarrage des travaux d'exploration, tous les salariés d'Areva, et également les sous-traitants d'Areva, disposaient de tenues de travail adaptées et bénéficiaient de sensibilisations régulières à ce qui est enjeu de sécurité au travail et de radioprotection. On avait également mis en place un suivi radiologique des salariés et des sous-traitants qui disposaient d'un dosimètre individuel fourni par le groupe, et le médecin qui était sur site disposait de tous les résultats de ce suivi », souligne-t-il. Il ajoute : « Je rappelle que toutes ces valeurs de suivi étaient largement inférieures à la limite réglementaire à la fois centrafricaine et également internationale. »

Quant à l'accusation d'obstruction, Gilles Récoché indique que « le groupe n'a pas accès aux dossiers médicaux des employés qui sont d'ordre privé et Areva a transmis toutes les informations nécessaires à l'Agence nationale de radioprotection du pays ».

Réhabilitation bâclée

D'autre part, le rapport mis en ligne par WikiLeaks reproche au groupe de ne pas avoir réhabilité correctement le site. Certaines fosses d'exploration ne seraient que partiellement recouvertes, d'autres laissées à ciel ouvert et aucune barrière ou signalisation ne serait installée pour prévenir les populations environnantes.

« Sur le site de Bakouma, il s’agissait seulement de travaux d’exploration, ajoute Gilles Récoché. Il y a donc eu des plateformes de forage qui permettaient d’identifier le potentiel minier de ce site. Ces plateformes de forage étaient réhabilitées au fur et à mesure de leur réalisation. En 2012, nous avions réhabilité 95 % de ces plateformes. Avec l’accord de l’agence nationale de radioprotection nous avons contracté une société sous-traitante pour finaliser les 5 % restants. »

En juin 2012, le site de Bakouma est attaqué et pillé par des bandes armées. Puis avec la montée de l’insécurité en 2013, Areva déclare un cas de « force majeure » à l’Etat centrafricain, qui devient dès lors responsable du site.

« La question s’est posée de la signalisation et de l’installation de barrières ou de grillages. Il y a eu un débat avec l’Agence nationale de radioprotection. Il a été convenu de ne pas le faire, compte tenu de la situation de pillage sur site. Il nous a paru difficile de faire ce marquage, sachant que dès le départ de la surveillance, il y aurait eu pillage de ces matériaux », conclut Gilles Récoché.

Fiasco

Cette affaire vient en tout cas confirmer l'échec de l'aventure centrafricaine d'Areva. Acheté à prix d'or en 2006 pour près de 2 milliards d'euros, le gisement de Bakouma n'a jamais produit d'uranium. Fukushima, la chute des cours de l'uranium et l'insécurité grandissante ont eu raison du groupe français qui a préféré se retirer en 2012. En plus d'un fiasco financier, le groupe va devoir maintenant traverser une forte crise d'image.

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