RDC: l'onusien Maman Sidikou réagit à la note du groupe d'experts

Des soldats de la Monusco, le 23 octobre 2014 à Béni en RDC.
© AFP PHOTO / ALAIN WANDIMOYI

La fuite d’une note confidentielle signée par le groupe d’experts des Nations unies sur la République démocratique du Congo pourrait bien embarrasser le pouvoir congolais. Dans ce document, l’équipe de l’ONU revient, en attendant la publication de son rapport final en juin prochain, sur les circonstances de la mort de deux casques bleus tanzaniens, le 5 mai dernier dans la région de Béni au Nord-Kivu. Une affaire qui soulève de nombreuses questions.

C’est une note qui aurait dû rester confidentielle. Signée par le groupe d’experts des Nation unies sur la République démocratique du Congo, elle est adressée au Conseil de sécurité de l’ONU. Dans cette communication qui a fuité jeudi 4 février à New York, les auteurs mettent notamment en doute la version officielle des événements qui ont conduit à la mort de deux casques bleus tanzaniens, le 5 mai dernier dans le territoire de Beni au Nord-Kivu.

Selon la version des autorités congolaises, les soldats de l’ONU ont été tués et 26 autres blessés par les ADF, les rebelles ougandais. Les experts font, eux, état d’informations selon lesquelles ce seraient les forces congolaises qui auraient tendu cette embuscade aux militaires onusiens, suite à un contact entre les Tanzaniens et les ADF.

Du côté de l'ONU, comme de l'armée congolaise, personne ne fait aujourd'hui de démenti catégorique suite à ces allégations. Même si les faits remontent à plusieurs mois, les enquêtes seraient toujours en cours. De part et d'autre, on parle du territoire de Béni comme d'une « zone grise », où il est difficile de discerner le vrai du faux.

« Notre enquête à nous, Monusco, montre que ce sont les ADF qui sont derrière cette attaque, a réagi Maman Sidikou, le patron de la Monusco et représentant spécial du secrétaire général des Nations unies. Mais évidemment, s'il y a des allégations, de nouvelles déclarations, nous mèneront une enquête encore plus approfondie sur la base de toutes autres nouvelles allégations. Mais à condition que nous disposions d'évidences pour le faire. Parce qu'il ne s'agit pas non plus dépouser les thèses d'un groupe d'experts même s'ils sont indépendants. »

Nous avons perdu des hommes et je dois à ces hommes la vérité...
Maman Sidikou, patron de la Monusco
06-02-2016 - Par Sonia Rolley

Plusieurs versions de l'incident circulent

Il y a des points sur lesquels tout le monde semble d'accord, à savoir qu'un camion contenant de la bière était arrêté au milieu de la route, à 500 mètres d’une position de l'armée congolaise. Les troupes locales sont-elles venues au secours des casques bleus tanzaniens ? Y a-t-il eu un accrochage entre les deux forces ou même une attaque de soldats congolais contre les casques bleus ? Les hypothèses sont nombreuses.

Du côté de l'état-major congolais, on dit avoir « invité l'officier en charge de cette zone pour qu'il s'explique ». Cet officier aurait tenté de sauver les casques bleus. Et sans démentir la prétendue rencontre entre les Tanzaniens et les ADF, rébellion avec laquelle par le passé il a toujours été difficile d'entrer en contact, des sources militaires congolaises assurent ne pas détenir aujourd'hui d'informations allant en ce sens.

Selon le spécialiste du Congo Jason Stearns, plusieurs versions de l'incident circulent. Il y a celle du groupe d'experts, mais aussi d'autres témoignages récoltés par son équipe et indiquant plutôt que des soldats congolais étaient en train de piller le camion de bière quand les casques bleus sont arrivés.