Procès Gbagbo: divulgation de noms de témoins protégés, la CPI enquête

La salle d'audience lors du procès de Laurent Gbagbo à La Haye devant la CPI, le 28 janvier 2016.
© REUTERS/Peter Dejong/Pool

A La Haye, des noms de témoins protégés au procès de l'ancien président ivoirien Laurent Gbagbo ont été diffusés par erreur sur la chaîne publique de la Cour pénale internationale (CPI). Les faits se sont produits vendredi 5 février lors d'une audience à huis clos pendant laquelle les micros n'ont pas été coupés. La vidéo de cette audience s’est rapidement retrouvée sur les réseaux sociaux et sur Internet.

La CPI indique qu'il s'agit d'un « incident technique ».

« Nous sommes en train de vérifier quelle est la raison de cet incident », explique le porte-parole de la CPI, Fadi El Abdallah, qui ajoute que tout va mettre mis en place pour qu'un tel problème technique ne se reproduise pas.

Ironie de l'histoire, les échanges diffusés par erreur et qui circulent, depuis, sur Internet portaient justement sur la question de la protection des témoins.

Sur la vidéo, le substitut du procureur se dit inquiet de voir que « certains blogueurs » qui suivent de près le procès « le commentent, en direct » sur Twitter et « cherchent à savoir qui se cache derrière les témoins 9, 10 et 11 ». Il se met ensuite à prononcer leurs noms et révéler ainsi leur identité pensant que son micro est coupé.

Comme la plupart des témoins dans cette procédure, il s'agissait en effet de témoins protégés pour des raisons de sécurité. C'est dire l'embarras dans lequel la CPI est plongée. Vendredi soir, certaines sources, à la Haye, évoquaient même une « catastrophe ».

Cette bourde soulève, en effet, de nombreuses questions sur la suite du procès. Les témoins dont le nom a été révélé viendront-ils témoigner ? Comment la Cour compte-t-elle assurer leur sécurité désormais ?

Joint par RFI, Pascal Turlan, chargé des Relations extérieures au bureau du procureur, estime qu'à l’heure actuelle, il est trop tôt pour le savoir et rappelle aux médias que l'interdiction de divulguer le nom de ces témoins reste en vigueur.

Ce samedi, la Cour pénale internationale de La Haye a annoncé l’ouverture d’une enquête sur cet incident.

Nous sommes en train de vérifier quelle est la raison et vérifier la solution pour que ce problème technique ne se répète pas. En même temps, la Cour a immédiatement pris toutes les dispositions et les mesures nécessaires pour assurer la protection de toute personne ou témoin qui aurait été concerné par ce qui a été dit durant cette partie de la session à huis clos qui a été quand même transmise.
Fadi El Abdallah
06-02-2016 - Par Florence Morice

A Abidjan, les Ivoiriens déplorent cette « erreur technique »

Comment les noms des quatre témoins protégés au procès de l'ancien président Laurent Gbagbo ont pu être dévoilés par la CPI, lors d'une session à huis clos ? A Abidjan, comment réagissent les Ivoiriens face à cette bourde ?

Les témoins peuvent se rétracter. A cause des intimidations et autres. Je pense qu'il y a un risque que l'on puisse attenter à leur intégrité physique.
Peu d'émotion à Abidjan
07-02-2016 - Par Isidore Kouadio