Sous Bozizé, les étranges manigances de l'Alliance mondiale des sports

L'ex-président centrafricain François Bozizé, ici le 30 décembre 2012, à Bangui.
© AFP PHOTO/ SIA KAMBOU

WikiLeaks a publié vendredi 5 février une série de documents officiels concernant la Centrafrique. Des documents issus manifestement du ministère des Mines et révélateurs des pratiques du régime Bozizé. Parmi ces documents, ceux qui concernent l'accord entre l'Etat centrafricain et une mystérieuse organisation intergouvernementale baptisée Alliance mondiale des sports. Fondée en 2007 par Alain Lemieux, un homme d'affaires canadien, elle dit vouloir promouvoir les sports partout dans le monde et fournir des infrastructures sportives aux pays qui ne peuvent pas se les offrir. Mais ses motivations sont moins philanthropiques.

Pour financer de nouvelles infrastructures sportives, l'Alliance mondiale des sports (AMS) propose en 2010 à la Centrafrique un projet de transformation des ordures de la ville de Bangui en biofertilisants et en électricité. Un projet que l'organisation évalue à 200 millions de dollars et qu'elle subventionnerait elle-même. En échange l'AMS demande à l'Etat centrafricain de garantir l'achat d'électricité pour un montant de 432 millions de dollars sur 20 ans. Comme mode de paiement, un accord est conclu en 2012 pour l'octroi à l'AMS de concessions minières.

L'organisation de promotion du sport qui déclare vouloir « créer un impact positif sur l'harmonie sociale du pays » se voit donc accorder par décrets, signés par François Bozizé, des permis de recherche et d'exploitation pour deux gisements d'or et de diamants. Mais ces gisements ne lui suffisent pas. Pour commencer à lever les fonds pour démarrer le projet de transformation des déchets, l'AMS demande deux autres gisements dont les études géologiques ont déjà été faites et qui s'annoncent plus prometteurs.

Entretemps, en mars 2013, Bozizé est chassé du pouvoir par une coalition de rebelles, la Seleka. Les décrets présidentiels attribuant à l'AMS les permis des gisements demandés sont préparés par le nouveau pouvoir. Ils figurent parmi les documents de WikiLeaks, mais non signés. Tout était donc prêt, mais le projet d'usine de transformation des déchets de Bangui qui devait finalement démarrer en fanfare en mai 2013 se fait toujours attendre.

→ Lire la Note de synthèse publiée par Wikileaks