Afrique du Sud: faut-il réguler les applis de télécommunications?

Revendeur de MTN mobile en Afrique du Sud.
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En Afrique du Sud, plus de 10 millions de personnes utilisent l’application mobile WhatsApp. Ce succès, qui s'appuie sur un solide réseau de consommateurs, n'est pas du goût des opérateurs téléphoniques traditionnels, Vodacom et MTN, qui estiment que WhatsApp (Facebook), tout comme Skype (Microsoft) ou autre « service de contournement », exercent une concurrence déloyale, et devraient être régulés.

Les services alternatifs proposés par Skype ou WhatsApp permettent de passer des coups de téléphone ou d'envoyer des messages via Internet. S'ils bénéficient en partie aux opérateurs traditionnels en Afrique (en faisant augmenter les achats de données), ces derniers perdent au passage beaucoup de leur véritable source de profit : les appels et les SMS. Les revenus des opérateurs sur les services de messagerie ont ainsi décliné de 20 à 30 % au Ghana, en Ouganda et en Afrique du Sud. Le ministère sud-africain des Télécommunications doit se pencher sur le sujet en vue d'une éventuelle loi.

Fin janvier, le Parlement sud-africain a mené une première consultation pour évaluer la possibilité de réguler les services alternatifs. Les opérateurs de téléphonie traditionnelle accusent WhatsApp ou encore Skype d'utiliser leurs infrastructures sans contribuer à leurs frais, tout en amputant leurs revenus. Shameel Joosub, le président de Vodacom Afrique du Sud, accuse également les géants Facebook et Microsoft de ne pas payer de taxes en Afrique du Sud, et de n'être pas tenus de fournir les mêmes informations aux services de sécurité.

Devant le Parlement, les représentants de Facebook et Microsoft Afrique du Sud ont de leur côté mis en garde contre les prix prohibitifs qui pourraient être appliqués avec pour premières victimes, les petits entrepreneurs qui bénéficient aujourd'hui de leurs services. Les utilisateurs, eux, ont déjà pris position à travers plusieurs pétitions appelant le gouvernement à abandonner son projet de régulation. Ils accusent les opérateurs téléphoniques de vouloir conserver leur hégémonie. Une manière d'empêcher la technologie de se développer, et de maintenir des prix élevés sur les communications.

Il y a pourtant des contre-exemples : Tigo en Tanzanie, et Cell-C en Afrique du Sud. Ces opérateurs téléphoniques, nouveaux venus sur le marché, encouragent leurs abonnés à utiliser les services alternatifs via des tarifs préférentiels et les résultats sont plutôt positifs, puisque ces opérateurs enregistrent aujourd'hui une croissance plus rapide que leurs aînés Vodacom ou MTN. Mais la première difficulté légale sera en fait de définir ce qu'est un « service alternatif » ou « service de contournement », car tout ce qui est partagé sur un réseau peut être défini comme tel, y compris les sites web rendant quasiment impossible toute tentative de régulation.