Burundi: la répression succède aux violences

Bujumbura, 3 février 2016. Au Burundi, le cycle de violences et de répression enclenché il y a neuf mois n'en finit pas.
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Quatre personnes, dont un jeune garçon d’une dizaine d’années qui vendait des œufs pour vivre, ont été tuées, et une vingtaine d’autres blessées dans la nuit de samedi à dimanche 7 février, dans trois attaques distinctes à la grenade à Bujumbura, dont la plus meurtrière a eu lieu dans le quartier de Kinama dans le nord de la capitale burundaise. Les actes de violence sont redevenus quasi-quotidiens depuis environ une semaine au Burundi.

Quatre morts et une vingtaine de blessés dans la nuit de samedi à dimanche, cinq autres la veille... Les attaques à la grenade, les assassinats ciblés ou encore les assauts sur des positions de police se sont multipliés depuis quelques jours au Burundi, après un début de mois de janvier plutôt calme.

Interrogé sur cette recrudescence de violence, le porte-parole de la police, Pierre Nkurikiye, qui nie l’existence de nouvelles rébellions au Burundi, refuse de les commenter. Mais un haut gradé de la police, sous couvert d’anonymat, explique qu’il ne s’agit pas d’une simple coïncidence :

« A chaque fois qu’il va y avoir une visite diplomatique importante, dit-il, les criminels armés redoublent d’activité. » Allusion à une prochaine visite de cinq chefs d’Etat et de gouvernement africains, mandatés par l’Union africaine pour tenter de convaincre le président burundais, Pierre Nkurunziza, d’accepter le déploiement d’une force d’interposition dans son pays et une reprise du dialogue avec son opposition.

De son côté, le pouvoir burundais a accentué la répression pour tenter de ramener le calme au plus vite. Des dizaines de personnes, surtout de jeunes gens des quartiers contestataires de Bujumbura, ont été arrêtées ces derniers jours. Et la police refuse de communiquer sur leur nombre et leur sort.

Intervention ou dialogue ?

Ce pays de la région des Grands Lacs est plongé dans une profonde crise politique depuis plus de neuf mois. Cette situation est consécutive à la décision du président Pierre Nkurunziza de se représenter pour un 3e mandat de suite.

La délégation de cinq chefs d'Etat et de gouvernement désignés par l'Union africaine pour se rendre à Bujumbura, à une date qui n'a pas encore été annoncée, pour discuter avec le président Nkurunziza, tentera-t-elle de convaincre le président burundais d'accepter le déploiement d'une force de 5 000 hommes de l’Union africaine pour stabiliser le pays ?

Lundi matin , Moussa Faki Mahamat, ministre tchadien des Affaires étrangères d'Idriss Deby, nouveau président en exercice de l'Union africaine, déclarait sur nos antennes que « si jamais la situation s’aggrav(ait), il ne faut pas hésiter » à intervenir.

Mais pour Emmanuel Issoze-Ngondet, le ministre gabonais des Affaires étrangères, qui fera partie de la délégation, la priorité doit rester le dialogue. « Le message que cette délégation de très haut niveau doit porter au président Nkurunziza est un message d'apaisement et de réconciliation. L'Union africaine a privilégié la voix du dialogue, donc le déploiement immédiat d'une opération militaire et cette délégation va amener le président Nkurunziza à ouvrir le dialogue avec les autres acteurs politiques burundais. Je pense que la délégation burundaise qui était à Addis-Abeba au cours du dernier sommet de l'Union africaine, a donné toutes les assurances pour que les circonstances puissent être créées en vue d'un dialogue constructif. Puisque le Burundi n'accepterait pas le déploiement d'une quelconque force militaire dans les circonstances actuelles. »