Rwanda 1994: l'audition du chef de l'opération française, un début?

Des réfugiés hutus saluent les soldats français arrivant dans leur camp près de Butare, au Rwanda, le 3 juillet 1994.
© HOCINE ZAOURAR / ARCHIVES / AFP

Le chef de l'opération militaire française Turquoise, déployée au Rwanda durant le génocide de 1994, a été entendu par un juge français à la mi-janvier en qualité de témoin assisté. L'information a été révélée dimanche 7 février par l'Agence France-Presse. Pour François Crétollier, de l'association Survie qui est l'une des parties civiles dans ce dossier, cette audition est une bonne nouvelle, même si ce n'est qu'une étape.

Depuis 2005, suite à une plainte déposée par des rescapés et des associations, la justice enquête sur l'attitude de la France lors du génocide rwandais de 1994. Les militaires français sont accusés d'avoir laissé se perpétrer des massacres de Tutsis en toute connaissance de cause, ce qu'ils ont toujours nié.

« Cela fait dix ans que ce dossier est sur la table, rappelle François Crétollier, de l'association Survie. Le général Lafourcade était le responsable des opérations pendant Turquoise, et il n'avait toujours pas été auditionné. Sous cet angle-là, c'est une très bonne chose, ça montre que les juges essaient enfin, maintenant, de remonter la chaîne des responsabilités. »

« Il y avait eu des auditions de responsables, de hauts gradés, de l'opération Turquoise, oui, mais le général Lafourcade était, lui, la personne la plus haut gradée de l'armée française présente sur place au Rwanda en 1994, explique-t-il. Donc, on remonte pas à pas l'échelle de la hiérarchie et il va falloir que ça continue, il y a d'autres personnes à auditionner, d'autres militaires et responsables politiques. »

« Les responsables doivent être trouvés là où ils se trouvent », conclut François Crétollier. Selon l'AFP, au cours de son audition, le général Lafourcade a réfuté les accusations portées contre la force Turquoise. Son avocat Pierre-Olivier Lambert a assuré qu'il « était très satisfait d'avoir pu enfin livrer son témoignage auprès de la justice française, ainsi qu'il le demandait depuis de nombreuses années ».