Hissène Habré «veillait sur sa machine répressive»

Gnamassoum Koh Nar. Il tient un portrait pris à sa sortie de la DDS en 1990. Il raconte l’horreur dans les cellules. « Quand un détenu mourait, comme il faisait très chaud, chacun cherchait à se coucher sur le corps pour avoir un peu de fraîcheur. »
© RFI/Laurent Correau

A Dakar, le procès de l’ancien chef d’Etat tchadien Hissène Habré a repris ce lundi 8 février. Les plaidoiries de toutes les parties devraient durer toute la semaine. Tout ce procès va se jouer sur la capacité de prouver ou non la culpabilité directe d'Hissène Habré durant son règne, entre 1982 et 1990. Les avocats des victimes se sont présentés à la barre. Ce lundi après-midi, c'est Jacqueline Moudeina qui a plaidé. La parole sera au parquet général mercredi, puis à la défense jeudi et vendredi.

Jacqueline Moudeina a passé quasiment un tiers de sa vie à défendre les victimes du régime Habré. L'avocate tchadienne a sans doute tenu la plaidoirie la plus importante de sa carrière. Calme et déterminée, elle a, dans un premier temps, défendu les témoins et les victimes critiqués par la défense d'Hissène Habré.

« La seule chose qui est enregistrée dans leur mémoire, c’est la douleur. Rien que la douleur. Par conséquent, une petite erreur de date ne peut les rendre ridicules. Se retrouver face à leur ancien dictateur, à quelques mètres, les héros de ce procès sont ces petites gens », a-t-elle répliqué.

Jacqueline Moudeina sur le procès Habré : « Personne n’y croyait, même pas les victimes »

Maître Moudeina est venue avec deux grands tableaux où figurent deux schémas. Au centre, apparaît le nom d'Hissène Habré et, autour, tout son système de répression, notamment la Direction de la documentation et de la sécurité (DDS), police politique et principal instrument de répression du régime.

« Moins d’une année de règne, Hissène Habré, gagné par la paranoïa, voit le diable partout. Il crée donc la fameuse DDS dont la seule prononciation évoque la terreur », a poursuivi Jacqueline Moudeina.

L'avocate a plaidé durant une heure et trente minutes. Elle a terminé en s'adressant directement à Hissène Habré. « Le président de la République veillait sur sa machine répressive. Comment peut-il ne pas savoir que les gens mourraient, en masse ? », a-t-elle conclu.

A part battre des pieds, Hissène Habré n'a rien laissé paraître.


Les violences faites aux femmes au coeur du procès

« Les femmes ont été torturées, ont été violées... », énonce lentement l'avocate des victimes. C’est un tabou qui est en train de tomber dans ce procès Habré. Les violences faites aux femmes, les viols sont au cœur des débats.

Durant le règne de l’ex-président, certaines étaient envoyées au Nord dans un camp militaire, et les avocats des victimes veulent qu’Hissène Habré soit poursuivi pour ces faits.

« Le transfert de ces femmes vers Ouadi-Doum, contrairement à ce que mes confrères de la défense ont écrit, ne procède pas d'un transfert administratif. Donc leur présence à Ouadi-Doum ne se justifiait que pour assouvir les désirs sexuels des soldats. Il convient de dire au vu des éléments de procéder à une requalification et de déclarer Hissène Habré coupable de crimes sous-jacents, de viols... », plaide l'avocate des victimes.

A la pause, maître Mbaye Sène, qui défend Hissène Habré, dément les accusations des avocats : « Vous voyez un avocat qui dit oui, nos confrères de la défense ont tenté de justifier la déportation de dames. Nous n'avons jamais parlé de déportation ! »

Mais les avocats des victimes reviennent à la charge et indiquent que désormais la honte a changé de camp : « Ces femmes sont des héroïnes. Quand je vois ce grand monsieur incapable de piper un mot devant moi, la honte est dans le camp de Hissène Habré. »

Malgré ces plaidoiries qui l’accusent directement, Hissène Habré est resté silencieux.