Scandale Nkandla: fin de partie pour Jacob Zuma?

Le président sud-africain Jacob Zuma.
© REUTERS/Nic Bothma/Pool/Files

Le président sud-africain Jacob Zuma joue très gros, ce mardi 9 février, alors que la Cour constitutionnelle se penche sur le scandale Nkandla. Le chef de l’Etat est soupçonné d’avoir utilisé 15 millions d’euros d'argent public pour rénover sa résidence privé. L'affaire empoisonne la vie politique du pays depuis plusieurs années.

C’est une journée cruciale qui s’annonce pour le président sud-africain Jacob Zuma. La plus haute cour du pays, la Cour constitutionnelle, doit examiner à partir de ce mardi 9 février une plainte à son encontre. Elle porte sur l'utilisation d'argent public pour la rénovation de sa résidence privée, connue sous le nom de Nkandla.

Cette plainte a été déposée par plusieurs partis d'opposition. L'affaire, qui empoisonne la vie politique depuis plusieurs années, touche à son terme puisqu’il ne pourra pas y avoir de nouveaux recours après la décision de la Cour constitutionnelle.

L'étau se resserre autour du chef de l'Etat. Ce scandale concerne tout de même la somme de 15 millions d’euros. Officiellement, il s'agit de travaux visant à améliorer la sécurité du lieu. Mais l'argent a également servi à la construction d'une piscine, d'un amphithéâtre, d'un poulailler...

La piscine n’en était pas une ?

La première plainte a été déposée il y a quelques années auprès de la médiatrice de la République, chargée de veiller sur l'utilisation de l'argent public. Et il y a deux ans, celle-ci a conclu qu'il y avait eu abus de fonds publics, que le président n'était pas nécessairement à l'origine ou au courant des travaux, mais qu'il devrait toutefois rembourser une partie de l'argent.

Et depuis, l’affaire s’est transformée en bagarre entre l'opposition d'un côté et le gouvernement ainsi que le parti au pouvoir, l'ANC, de l'autre. Jusqu'à présent, Jacob Zuma a toujours affirmé qu'il ne rembourserait pas, qu'il n'avait pas demandé ces travaux et qu'il n'était pas au courant pour la piscine.

D'ailleurs, le gouvernement continue de maintenir qu'il s'agit de travaux sécuritaires. Les médias ont même eu droit à une présentation surréaliste du ministre de la Police expliquant que la piscine n'en est pas une, mais qu’il s’agit en réalité d’un bassin de rétention d'eau en cas d'incendie.

Et puis, le gouvernement ajoute que les observations de la médiatrice de la République ne sont que des recommandations et que le chef de l'Etat n'est pas obligé d'obtempérer. C'est là le nœud du problème : le président doit-il légalement se soumettre à ces conclusions ? C'est ce que va examiner mardi la Cour constitutionnelle. Le verdict ne devrait pas être rendu dans la journée, les discussions risquent de durer plusieurs semaines voire même plusieurs mois.

Volte-face du président

Entretemps, Jacob Zuma a déjà commencé à faire marche arrière en indiquant qu’il était prêt à rembourser une partie de l'argent. Dans un communiqué, la présidence a fait savoir qu’il souhaitait trouver un compromis avec les plaignants.

Ses avocats l’ont très probablement prévenu qu'il risquait de perdre et d’être obligé de rembourser. Ainsi, pour éviter une humiliation, il valait mieux pour le chef de l’Etat tenter de trouver une solution à l'amiable. « Oui, le président a dit qu'il ne rembourserait pas l'argent, mais il a expliqué pourquoi. Premièrement parce que personne, ni la médiatrice ni qui que ce soit d'autre, n'a spécifié quelle somme il devait rembourser. Deuxièmement, il a également dit que ce n'est pas à lui de déterminer le prix des travaux liés à sa sécurité », argumente Michael Hulley, le conseiller juridique du président, pour expliquer cette volte-face.

La proposition de M. Zuma a été rejetée par les deux partis en question, les Combattants pour la liberté économique de Julius Malema et l'Alliance démocratique. Il s'agit des deux plus importantes formations d'opposition, déterminées à aller jusqu'au bout. Un troisième acteur s'est associé à cette plainte lundi, Corruption Watch, une organisation anticorruption. Car les enjeux vont bien au-delà de l'affaire Nkandla. Derrière ce scandale, ce sont les pouvoirs de la médiatrice de la République qui sont en jeu.

« Notre argumentation ne porte pas sur Nkandla, mais plutôt sur l'interprétation que fait la Constitution des pouvoirs de la médiatrice de la République, expose David Lewis, directeur de Corruption Watch. Si la Cour décide que les conclusions de cette médiatrice doivent être appliquées à la lettre, le gouvernement va devoir non seulement rembourser l'argent dans le cadre de Nkandla, mais va également devoir respecter toutes ses décisions dans d'autres affaires. »

On ne voit pas trop comment Jacob Zuma va pouvoir s'en sortir. Sa seule marche de manœuvre consiste à essayer de faire traîner la décision de justice. L’affaire est extrêmement embarrassante pour lui ainsi que pour son parti, surtout à quelques mois d'élections locales.