Scandale Nkandla: Jacob Zuma finit par céder à la pression

Si Jacob Zuma est reconnu coupable d'avoir violé la Constitution, cela ouvrirait la voie à une procédure de destitution.
© Reuters/Nic Bothma/Pool

La Cour constitutionnelle sud-africaine examinait ce mardi 9 février une plainte contre le président Jacob Zuma pour l'obliger à rembourser une partie de l'argent public déboursé pour rénover sa résidence privée, Nkandla. Ses avocats ont fini par concéder qu'il y avait eu des erreurs dans l'interprétation de la loi.

Plusieurs centaines de manifestants étaient rassemblés devant la Cour constitutionnelle ce mardi. La plupart étaient des militants de Julius Malema, le leader d’un des deux principaux partis à avoir saisi la justice. « Zuma doit partir », « Rends l’argent », ont-ils scandé.

A l’intérieur de la Cour, l’ambiance était plus grave. Mais le discours sensiblement le même. Pour les avocats des deux partis politiques qui ont saisi la justice, Jacob Zuma doit rembourser l'argent public dont il a bénéficié pour rénover sa résidence privée. Surtout, disent-ils, le président sud-africain est coupable d'avoir enfreint la Constitution.

Coupable parce qu'il a refusé d'obéir aux injonctions de la médiatrice de la République qui lui demandait de rembourser une partie de la somme. Et coupable parce qu'il a le devoir d'obtempérer. « Il est notre président et son devoir est non seulement d'obéir à la Constitution, mais surtout de la défendre et de la respecter. Les violations du président ne sont pas celles d'un simple citoyen, mais celles d'un chef d'Etat, et ce malgré la responsabilité et le devoir qu'il a envers notre Constitution », a affirmé Me Wim Trengove.

« Simplement une erreur »

Acculé, l'avocat du président Jacob Zuma a fini par concéder que les conclusions de la médiatrice de la République n’étaient pas de simples recommandations. « Le président accepte que les recommandations de la médiatrice de la République sont légalement contraignantes et qu'elles doivent être appliquées. Il s'agit simplement d'une erreur », a déclaré Me Jeremy Gauntlett, avocat du chef de l'Etat.

Mais selon Jeremy Gauntlett, il n’y avait pas volonté de remettre en cause ni les pouvoirs de la médiatrice, ni la Constitution. « Ce qui a été décrit par le parti de Julius Malema comme une conduite de défiance du président n’est rien d’autre que de la bonne foi et d’une erreur d’interprétation de la loi », a-t-il insisté.

Il s’agit d’un retournement spectaculaire de la part du président qui il y a encore quelques mois refusait de rembourser un centime.

Mais pour Wim Trengore, ce n’est pas assez : « Que le président dise aujourd’hui qu’il va se plier à ce que la Constitution exige de lui n’est pas suffisant. Même si cette capitulation du chef de l’Etat ici, aujourd’hui, est gratifiante. » Les plaignants veulent que le président Zuma soit reconnu coupable d’avoir violé la Constitution, ce qui ouvrirait alors la porte à une procédure de destitution.

Le fond de cette affaire n'est pas l'argent que doit rembourser le président, mais les pouvoir de la médiatrice de la République.
James Selfe
10-02-2016 - Par Alexandra Brangeon