Procès Habré: les plaidoiries fleuves des avocats des victimes

Trois avocats de l'accusation du procès Habré, de gauche à droite : Jacqueline Moudeina, Assane Dioma Ndiaye et George Henri Beauthier, à Dakar, le 20 juillet 2015.
© AFP PHOTO / SEYLLOU

Les plaidoiries des avocats des victimes se sont terminées mardi 9 février. Les parties civiles cherchent depuis lundi matin à prouver la culpabilité directe d’Hissène Habré dans les exactions commises durant son règne.

Avoir une batterie d’avocats peut s’avérer une force. Mais l’équipe qui défendait les victimes, près de dix personnes, a manqué de cohésion. Les mêmes témoignages, les mêmes preuves ont été à maintes reprises cités à la barre. Les avocats ont plaidé durant 11 heures.

Pour prouver la culpabilité d’Hissène Habré, Maître Verneyre a par exemple lu un extrait de discours de l’ex-président du Tchad : « Les ennemis rampant dans nos rangs tentent même de créer des cellules, mais que ceux-ci sachent que nous les suivons et ils seront démasqués et ils seront détruits. »

Hissène Habré, intellectuel failli, seigneur de guerre et tyran

Maître Beauthier a quant à lui cherché à montrer que la mort durant le règne d’Hissène Habré a atteint un niveau jamais vu dans les conflits du XXe siècle : « On prend un exemple. Lorsque l'on a une classe de 200 étudiants, vous les suivez sur une période d'un an, ils seraient tous morts avant la fin de l'année. Pire que les atrocités d'Hitler, pire que le goulag. Voilà l'auteur. »

Dernier à plaider, Maître Bourdon, qui a critiqué le silence de l’accusé : « Le mal aboslu n'a aucun visage ! C'est un criminel qui dépasse tout ce qu'on peut imaginer ! »

Il faut que vous le mettiez bien à sa place dans la hiérarchie des grands criminels [...] Cet homme a été au coeur de tout le dispositif de répression, celui qui a humilié son pays pendant tant d'années, celui qui l'a persécuté
William Bourdon
10-02-2016 - Par Guillaume Thibault

La culpabilité d'Hissène Habré est-elle prouvée ? Réponse très sèche à la sortie de l'audience de l'un des avocats commis d'office du prévenu, Maître Mounir Balal : « Ce n'est pas encore prouvé, et ça n'a pas encore été prouvé jusqu'à ce jour par l'accusation. »

C’est au procureur de plaider ce mercredi. Des fuites dans la presse sénégalaise laisse entendre qu’il pourrait demander une lourde peine à l’encontre d’Hissène Habré.