Scandale Nkandla: le revirement inattendu de Jacob Zuma

Manifestation pour demander la démission du président Jacob Zuma, le 16 décembre 2015, au Cap.
© REUTERS/Mark Wessels

En Afrique du Sud, c’est l’incrédulité après la volte-face du président Jacob Zuma. Mardi, ses avocats ont concédé devant la justice qu’il y avait eu erreur d’interprétation de la loi et que le chef de l'Etat avait eu tort de ne pas rembourser une partie de l'argent public dépensé pour sa résidence privée. L’opposition a saisi la Cour constitutionnelle, qui a commencé à examiner l’affaire. Il s’agit d’un spectaculaire retournement de situation dans un scandale qui empoisonne le mandat du président depuis des années.

Un revirement qui a pris tout le monde au dépourvu. Après avoir passé deux ans à clamer son innocence et refuser de rembourser un centime, le chef de l’Etat a fini par céder et ses avocats ont admis qu’ils avaient mal interprété la loi.

Pour Prince Mashele, analyste politique, ce revirement de dernière minute est stratégique : « Jusqu'à présent, le chef de l’Etat avait une attitude arrogante, estimant que cette action en justice n’aurait aucune conséquence réelle. Mais probablement, son avocat lui a fait prendre conscience qu’il y avait un risque que la Cour constitutionnelle juge qu’il a violé la Constitution. Et si c’est le cas, il y aurait d’énormes implications politiques pour le président, notamment le Parlement pourrait le destituer ».

Peu de chances que cela arrive puisque l’ANC, le parti du président, est majoritaire au Parlement. Mais ce serait tout de même une incroyable humiliation pour le chef de l’Etat. La question aujourd’hui est de savoir jusqu’où ses alliés sont prêts à le soutenir alors qu’il est devenu un poids pour son parti.

« Cela va l’affaiblir encore plus, c’est certain, estime Aubrey Matshiki, analyste politique. Mais nous ne sommes pas encore à un point où son autorité a été totalement sapée. Je pense que nous assistons à une lente détérioration de son contrôle sur le parti. »

Selon les analystes, si l’ANC obtient de mauvais résultats lors des élections locales à venir, le parti pourrait offrir à Jacob Zuma une porte de sortie honorable, évoquant des problèmes de santé.