RDC: l’organisation des élections fait toujours débat

Un agent de la Céni, à Kinshasa, lors de l'élection présideentielle de 2011.
© AFP PHOTO/ GWENN DUBOURTHOUMIEU

En RDC, la Commission électorale nationale indépendante (Céni) a officiellement lancé, mercredi 10 février, son appel d’offres pour l'acquisition du matériel nécessaire à la révision du fichier électoral pour un montant d’environ 200 millions de dollars (autre annonce : l'élection des gouverneurs des nouvelles provinces qui aura lieu le 26 mars prochain). Le 10 février, c’était la ligne rouge du Front citoyen 2016 pour voir des avancées significatives dans l'organisation des élections. Ce regroupement de partis d'opposition et de la société civile estime que, malgré les annonces faites par la Commission électorale, la volonté d’organiser les élections dans les délais constitutionnels n’existe pas. Le Front citoyen appelle les Congolais à une journée ville morte le 16 février, et pourtant l’appel d’offres pour acquérir le matériel nécessaire au recensement est lancé. Une étape considérée comme cruciale par la Commission électorale.

« On ne peut pas convoquer d’élections sans corps électoral », insiste-t-on du côté de la Commission électorale (Céni), d’où l’importance de cet appel d’offres.

La Céni avait dénoncé en janvier, juste avant sa signature, un projet de contrat pour un marché par entente directe avec une société belge pour l’acquisition du matériel nécessaire à la révision du fichier électoral. Mais ce contrat, élaboré depuis plus de six mois, aurait été fait sans consulter l’assemblée plénière de la Céni. L’appel d’offres lancé hier, ouvert cette fois, a pour but d’identifier le meilleur opérateur pour répondre aux besoins de la Commission électorale. Selon le code de passation de marché, il faudra donc entre quatre et cinq mois pour désigner l’entreprise en question. Il est difficile de réduire ce délai, explique-t-on du côté de la Céni. La sélection finale interviendrait donc au mieux au mois de juin ou, au plus tard, début juillet.

En revanche, précise la Céni, il serait possible avec plus de moyens, notamment en termes financiers et logistiques, de raccourcir la durée de l’opération de révision du fichier électoral. Or, selon la Constitution, le corps électoral doit être convoqué trois mois avant la fin du mandat du président. Pour respecter ce délai, il devrait l’être avant la fin du mois de septembre. Il faudrait donc qu’en trois ou quatre mois, le matériel soit livré et la révision terminée. Mission impossible ? On ne peut pas convoquer d’élection sans corps électoral, répète la Céni.

Le Front citoyen 2016 appelle à une journée ville morte

Malgré cette annonce d’appel d’offres, le Front citoyen 2016 estime que la volonté d’organiser les élections dans les délais constitutionnels n’existe pas. Dans une déclaration lue le 10 février par le doyen Charles Mwando Nsimba, président de l’Union nationale des démocrates fédéralistes (Unadef), le Front citoyen appelle à une journée ville morte, le 16 février prochain. « La démocratie est de nouveau menacée et le processus électoral est délibérément retardé par des velléités dictatoriales et des tentatives malveillantes de violer notre Constitution. Congolaises et Congolais, nous, Dynamique de l'opposition, G7, Front Anti-Dialogue, organisation de la société civile, lançons le présent appel pour que, tous, partout où nous nous trouvons, nous manifestions notre attachement à la Constitution de notre pays en observant une journée ville morte le 16 février 2016. Une journée pour honorer la mémoire de nos citoyens, victimes de la barbarie du 16 février 1992, rappeler à Joseph Kabila qu’il est le garant de notre Constitution et qu’il est de ce fait tenu de la respecter, dire non au glissement, dire non au troisième mandat, dire non à la présidence à vie, dire oui à l’organisation de l’élection présidentielle dans les délais constitutionnels ».