Burundi: manifestations pour protester contre «l'agression» du Rwanda

Les manifestants, à l'appel du gouvernement, sont descendus dans la rue pour protester contre les «actes d'agression» du Rwanda voisin, à Bujumbura, le 13 février 2016.
© REUTERS/Jean Pierre Aime Harerimana

Le pouvoir burundais a organisé ce samedi matin des manifestations à travers tout le pays pour dénoncer les « actes d’agression » du Rwanda et de son président Paul Kagame. Quelques milliers de Burundais sont donc descendus dans les rues de Bujumbura et ailleurs dans le pays. Une mobilisation qui intervient à quelques jours de la venue d’une délégation de haut niveau de l’Union africaine chargée notamment de convaincre le président Pierre Nkurunziza de négocier avec son opposition.

Dans les 119 communes du pays et à Bujumbura, le même message du gouvernement a été lu, ce samedi matin. Dans la capitale, c’est le maire de la ville, Freddy Mbonimpa, qui s’est chargé de faire passer ce message qui s’en prend de manière virulente au Rwanda et à son président :

« Nous, les Burundais, nous dénonçons le Rwanda et son président Paul Kagame pour les actes d’agression qu’ils ont commis dès le mois de mai 2015, a-t-il rapporté. Ils ont entraîné et enrôlé dans des groupes de tueurs certains réfugiés burundais qui sont dans des camps au Rwanda, et cela dans le but d’assassiner des dirigeants burundais et de renverser les institutions démocratiquement élues au Burundi. Nous sommes indignés !

Nous les Burundais, nous dénonçons tous ceux qui font tout leur possible pour pousser le gouvernement à dialoguer avec les auteurs de la tentative du coup d'Etat : on n'a jamais vu une chose pareille ! Au contraire, le Rwanda et d'autres pays doivent plutôt livrer au gouvernement du Burundi ceux qui sont en exil dans leurs pays, pour qu’ils soient jugés conformément à la loi. Le gouvernement du Burundi annonce que ces manifestations se poursuivront à travers tout le pays tant que ces ennemis ne mettront pas fin à leurs basses manœuvres. Vous êtes d’accord ? »

Sur le plan du symbole, la scène a été très forte, d’une violence inouïe. Des milliers de manifestants avec à leur tête de hauts responsables burundais se sont arrêtés devant l’ambassade du Rwanda à Bujumbura, où ils ont chanté et scandé des slogans hostiles au Rwanda et à son président.

Pendant une dizaine de minutes, Paul Kagame a été copieusement conspué et sifflé : « Kagame est un ennemi, nous allons le lessiver » ou encore, « nous lui jetons de l’herbe », une expression burundaise qui marque l’opprobre général.

Aujourd’hui, plus de 9 mois après le début de la crise burundaise, celle-ci vient d’entrer dans une nouvelle phase, autrement plus dangereuse. Pendant des mois, Bujumbura avait accusé son voisin rwandais d’entraîner sur son sol des réfugiés burundais en vue de déstabiliser le régime du président Pierre Nkurunziza, ce que Kigali a toujours rejeté en rappelant que les causes de la crise burundaise sont internes.

Mais depuis qu’un groupe d’experts indépendants de l’ONU puis les Etats-Unis ont porté les mêmes accusations, le pouvoir burundais ne prend plus de gants, au risque de régionaliser le conflit. Ce qui fait dire à un diplomate que Nkurunziza profite de cette brèche pour « mettre de l’huile sur le feu », histoire de montrer qu’ « il fait face à une agression extérieure et non à une crise politique interne, qui est en train de dégénérer en une guerre civile ».

En attendant, les violences se poursuivent dans le pays. Au moins un petit garçon a été tué hier soir par l’explosion d’une grenade dans le quartier de Ngagara, dans le nord de Bujumbura.