Kenya: Ruto gagne son appel à la CPI sur l'utilisation de témoignages

William Ruto, vice-président du Kenya, dans la salle d'audience de la CPI, le mardi 14 mai 2013.
© REUTERS/Lex van Lieshout/Pool

La Cour pénale internationale a donné raison ce samedi au vice-président kenyan, William Ruto. Il avait fait appel après la décision d’utiliser des témoignages de personnes dans son procès pour crimes contre l’humanité, alors qu’elles s’étaient rétractées. Cette décision de justice, qui annule les preuves de la procureure, pourrait geler le procès si d’autres éléments ne sont pas vite ajoutés au dossier.

Le dossier monté contre William Ruto par la Cour pénale internationale serait-il en train de s’effondrer ? Avec cette petite victoire, le vice-président a invalidé les témoignages avancés par la procureure. Ces preuves allaient contre ses droits selon les juges.

Intimidation

C’est ce qu’explique Karine Bonneau, au bureau justice de la Fédération internationale des droits de l’homme (Fidh). « Comme le procès a commencé avant que la règle soit adoptée, les juges ont estimé que l’appliquer après le début du procès et sans que Ruto ait pu interroger les témoins, c’était contre ses droits. C’est un peu une prime à la pression sur les témoins, finalement c’est comme ça qu’il aura pu échapper à la justice », regrette-t-elle.

Des pressions en effet reprochées à William Ruto. Intimidés, les témoins se seraient rétractés à cause des menaces du vice-président.

Coup dur pour l'accusation

C’est un coup dur pour la procureure, qui n’a plus de preuves suffisantes, selon Karine Bonneau. « A partir du moment où la procureure n’a plus de témoignages pour charger Ruto, il n’y a plus de charges possibles. Peut-être que la procureure va pouvoir apporter d’autres éléments de preuve. Pour l’instant, elle ne les a pas. Ou en tout cas, on ne les connaît pas », explique-t-elle.

Mais cette décision de justice ne doit pas faire oublier qu’il s’agit avant tout d’un procès historique. Elizabeth Evinson est conseillère juridique à Human Rights Watch. Elle espère que le procès va malgré tout continuer pour tenter d’en savoir plus sur cette période sombre de l’histoire du Kenya. « C’est très important que cette décision n’obscurcisse pas le fond de l’histoire, et la raison pour laquelle la règle a été utilisée au tout début, estime-t-elle. Il faut qu’on puisse enfin engager un processus qui permette de dévoiler la vérité sur cette affaire. »

Les violences de cette période restent en effet impunies. William Ruto est poursuivi dans le cadre des violences qui ont suivi les élections de 2007.