RDC: retour sur l'arrestation et la libération du député Martin Fayulu

Martin Fayulu (D) après sa libération ce dimanche 14 février 2016, aux côtés de l'opposant Vital Kamerhe (G).
© RFI/Sonia Rolley

En République démocratique du Congo, l'un des principaux opposants, le député Martin Fayulu, a été arrêté en début d'après-midi au siège de son parti, Engagement pour la Citoyenneté et le Développement (ECiDé) à Kinshasa. Il a fini par être libéré dans la soirée et reconduit à son domicile.

Je sors du bureau et je vois cinq militaires armés, ils viennent avec deux agents de la sécurité, ils disent 'monsieur nous sommes venus ici parce qu'on nous a dit qu'il y a des troubles ici', je dis mais vous avez vu des troubles ? Il n'y a pas de troubles (...) Ils ont commencé à me tabasser, ils m'ont blessé, regardez le sang... Ils m'ont insulté proprement
Martin Fayulu raconte son arrestation
14-02-2016 - Par Sonia Rolley

C'est sous escorte militaire que le député d'opposition a été reconduit à son domicile, après avoir été détenu plusieurs heures, malgré son immunité parlementaire. Martin Fayulu était au siège de son parti pour préparer une campagne de sensibilisation sur la journée de protestation de mardi, quand il a été arrêté, dans des circonstances violentes qu'il a racontées à RFI.

Conduit dans les locaux des renseignements militaires, Martin Fayulu a finalement été rejoint par son avocat. Sa libération, annoncée vers 20h30 par le porte-parole du gouvernement, n'a eu lieu qu'une heure plus tard.

Selon Lambert Mendé, Martin Fayulu avait été arrêté pour incitation aux troubles à l'ordre public. « Une fois identifié en tant que député par un magistrat, il a été relâché » a expliqué le ministre de la Communication, qui précise qu'« un dossier a été ouvert, on verra les suites que l'Assemblée nationale donnera à l'affaire puisqu'il faut toujours que la justice ait l'autorisation de l'Assemblée pour poursuivre un député ».

« Ils n'ont pas le droit »

« Comment les militaires peuvent venir m’arrêter chez moi, au bureau, me tabasser ? Ils n’ont pas le droit de télécharger mes numéros privés, mes mails privés, mes SMS privés. Ils n’ont pas le droit, s'insurge Martin Fayulu. Je n’ai tué personne. Je n’ai pas enfreint la loi de la République. Nous avons fait une déclaration tous au niveau du Front citoyen, au niveau de la Dynamique, au niveau du G7, de la société civile. Nous appelons à la journée ville morte mardi 16. Mais c’est passé dans les radios, dans les télévisions. Alors ils me disent : vous avez des tracts. Ce ne sont pas des tracts, ce sont des documents pour appeler à la journée ville morte et ces documents sont signés. »

Le président de l’UNC, Vital Kamerhe, qui s'était rendu sur les lieux de l'arrestation, l’a ensuite rejoint chez lui après sa libération pour lui faire part de sa solidarité. L'opposant réitère son appel à la mobilisation pour dire « non au troisième mandat ». Et nous ajoutons, précise-t-il : « Non à l'arbitraire. »

Même au XXIe siècle, la Birmanie est en avance par rapport à nous. On ne doit pas comme ça aller prendre quelqu’un qui est dans son bureau pour essayer de nous faire peur à nous tous.
Vital Kamerhe
15-02-2016 - Par Sonia Rolley


Réactions

L'envoyé spécial des Etats-Unis pour les Grands Lacs a exprimé sa préoccupation après cette arrestation. « Criminaliser l'opposition et toute voix dissidente ne peut que créer de l'instabilité », a déploré Tom Perriello sur Twitter.

Le directeur du bureau conjoint des Nations unies aux droits de l'homme s'est dit « très préoccupés par l'arrestation du leader national de l'opposition Martin Fayulu, (...) juste avant la convocation par l'opposition cette semaine. Pour nous, cela constitue un acte d'intimidation et confirme une restriction des libertés et l'espace politique ». « Sans un changement radical de la tendance répressive, il n'y aura pas l'espace politique nécessaire pour élections crédibles. Il faut respecter les libertés publiques consacrées par la constitution », a averti José Maria Aranaz

Une inquiétude partagée par l'ONG Human Rights Watch. Pour Ida Sawyer, responsable de HRW pour la RDC, cette arrestation est un signe très inquiétant : « C'est le dernier cas de répression à l'encontre des opposants et des activistes de la société civile qui appellent au respect des délais constitutionnels dans le cadre de l'organisation des élections », explique-t-elle ajoutant que c'était un cas parmi plusieurs autres documentés par son organisation.

Pour rappel, plusieurs plateformes de l'opposition et de la société civile accusent le gouvernement et la commission électorale de chercher à imposer le glissement du calendrier électoral pour permettre à Joseph Kabila qui termine son deuxième et dernier mandat constitutionnel de rester au pouvoir.