Rwanda: les réfugiés burundais craignent des expulsions massives

Des réfugiés burundais photographiés le 10 avril 2015 au Rwanda.
© AFP PHOTO / STEPHANIE AGLIETTI

Ce vendredi 12 février, le gouvernement rwandais, par la voix de sa ministre des Affaires étrangères Louise Mushikiwabo, a menacé d'envoyer les dizaines de milliers de réfugiés burundais présents sur son sol vers d'autres pays d'accueil. Une déclaration faite à la suite de nouvelles accusations d'ingérence du Rwanda au Burundi.

Après un groupe d'experts de l'ONU, c'est Washington qui a accusé Kigali de chercher à « déstabiliser » son voisin en enrôlant des réfugiés burundais dans une opposition armée contre le régime du président Pierre Nkurunziza. Ces accusations ne sont pas nouvelles et le Rwanda les a toujours démenties. Ce même vendredi, le Haut commissariat de l'ONU aux réfugiés (HCR), « préoccupé » par cette annonce, a rencontré en urgence des officiels rwandais. Ces derniers lui ont assuré que le Rwanda n'expulsera pas de force les réfugiés, a rapporté l'agence onusienne. Reste qu'à Kigali, l'inquiétude prédomine chez les premiers concernés : les réfugiés burundais.

Smartphone à la main, assise dans la maison de la famille rwandaise qui l'accueille depuis qu'elle a fui le Burundi, Audrey, 27 ans, comme beaucoup de réfugiés, se dit très troublée par les déclarations de la ministre rwandaise des Affaires étrangères. « Quand on a entendu ça, on était tous ébahis. On ne parlait que de ça. Les questions, c’était se demander où on va aller. Si on me dit, je te refoule, je ne vois pas où je vais aller ».

Et la jeune femme n'est qu'à moitié rassurée par les déclarations du HCR. « On est toujours dans le flou, regrette-t-elle. Il y a tout le monde qui pense que ce sont des gens des camps qui vont seulement partir, mais d’autres nouvelles nous disent "non on va refouler tout le monde". On n’a pas une information exacte. »

« Nouvelle vie au Rwanda »

Dans un autre quartier, Sandrine, une mère de famille, a du mal à croire que les autorités puissent passer à l'acte : « Il y a des gens qui ont déjà commencé une nouvelle vie au Rwanda, des gens qui ont déjà commencé leur business. Et maintenant, ils prennent juste une décision comme ça, je pense qu’ils veulent faire peur à la communauté internationale ». « Je suis complètement perdu », reconnaît un Burundais qui vient d'ouvrir un restaurant à Kigali.

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Le HCR, qui a exhorté les autorités à rendre publiques leurs clarifications, s'inquiète que ce flou ne provoque d'éventuelles tensions entre Rwandais et Burundais. « Que peut-il se passer si la population pense que les réfugiés sont devenus indésirables pour le gouvernement ? », s'interroge notamment Martina Pomeroy, chargée des relations extérieures à l'agence onusienne.