Sénégal: ce péage autoroutier qui attise la grogne des conducteurs

Le chantier de l'extension de l'autoroute de Dakar au Sénégal.
© Photo: Eiffage Sénégal

Au Sénégal, coureurs amateurs et avertis foulent le bitume ce week-end, à l'occasion du marathon Eiffage de l'autoroute de Dakar. Les courses sont organisées pour fêter l'arrivée à son terme des chantiers de construction de cette voie, la toute première autoroute à péage d'Afrique de l'Ouest. Un première tronçon de l'ouvrage est ouvert au public depuis 2013 ; il a permis de désenclaver une partie des banlieues de Dakar ou encore la ville de Rufisque, et de réduire le temps passé sur la route. Mais certains usagers et la société civile considèrent que les tarifs appliqués sont prohibitifs.

A la station-service du rond-point Cambérène, les membres d'une même famille s'apprêtent à quitter Dakar pour quelques jours. Avec leur petit van, ils empruntent l'autoroute depuis l'ouverture du premier tronçon en 2013 et arrivent à destination en une heure, contre trois auparavant : « Très positif. Ça réduit le temps, ça réduit la consommation. Le seul truc qu’il y a, c’est que c’est trop cher ».

Le marathon de Dakar célèbre la fin des travaux de prolongement de l'autoroute à péage. Mais plusieurs représentants de la société civile ne sont pas à la fête et appellent au boycott de l'événement. Ils dénoncent la concession accordée et les tarifs d'accès à l'autoroute, entre 500 et 1 400 francs CFA (0,76 euro et 2,13 euros) selon la destination. Le coordonnateur du Mouvement du 23 juin (M23), Mamadou Mbodj : « Les prix sont exorbitants, et au quotidien ce n’est pas possible pour un employé moyen ».

Le contrat d'extension a été remporté par la filiale sénégalaise du groupe de BTP français Eiffage. Avec un investissement total de 121 millions d'euros, les travaux ont été réalisés grâce à un partenariat public-privé. Gérard Sénac, PDG d'Eiffage Sénégal : « En fait, le prix du péage a été défini par l’Etat. Ce n’est pas moi qui ai décidé de dire, le péage est à 1 000 francs là, 500 francs là et 400 francs là-bas ».

Le nouveau tronçon de 16,5 kilomètres relie le cœur de Dakar au futur aéroport international Blaise-Diagne. Cette autoroute, les autorités misent dessus pour désengorger la capitale. Mansour Tall, chargé de programmes à ONU-Habitat : « Je ne sais ce que serait sortir de Dakar à l’heure actuelle s’il n’y avait pas l’autoroute. Et je pense qu’il faut combiner tous les systèmes de transport pour arriver à répondre à une demande qui sera sans cesse croissante ».

Pour aller plus loin, l’ONU-Habitat appelle les autorités à accélérer la mise en place du futur train express régional qui reliera, lui aussi, Dakar au nouvel aéroport et à appliquer des tarifs accessibles au plus grand nombre.