Burundi: l’aide financière de l’Union européenne toujours en suspens

La chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini a expliqué, ce lundi, que la décision de suspendre ou non l'aide au Burundi sera prise «dans les prochaines semaines».
© REUTERS/Francois Lenoir

Un enfant a été tué et au moins 30 personnes blessées, ce lundi 15 février à Bujumbura, dans une série d'attaques à la grenade. Des attaques qui témoignent du récent regain de violences au Burundi, plongé dans une crise depuis presque dix mois. Une situation qui pourrait entraîner une suspension de l’aide de l’Union européenne (UE) au Burundi. L’UE s'est réunie ce lundi pour étudier la question. La décision est importante, car le soutien européen représente plus de 20 % du budget de l'Etat burundais.

On attendait une décision ce lundi, puisque cela fait deux mois que l'Union européenne évoque la possibilité de suspendre son aide au Burundi, mais le Conseil de l'UE se donne encore quelques semaines.

A l'issue de la réunion, la chef de la diplomatie européenne a simplement confirmé que l'option était bien sur la table. « La suspension de l’aide a été proposée, indique la Haute représentante de la politique extérieure de l'UE, Federica Mogherini. La position est sur la table du Conseil. Ce n’était pas la décision d’aujourd’hui, c’est pour ça que vous ne la trouvez pas dans le texte des conclusions d’aujourd’hui. Parce que ça va être reconsidéré ces prochaines semaines. »

Elle n'a donné aucune autre indication sur la forme que pourrait prendre cette suspension. Pour l'instant, l'Union européenne répète qu'elle prendra les mesures appropriées face au manque de signaux positifs de la part du gouvernement burundais.

Avec une aide globale de quelque 430 millions d'euros pour la période 2015-2020, l'UE est le premier donateur du Burundi.

Aide directe à la population

Pour autant, les Vingt-Huit ne vont sans doute pas couper complètement leur soutien financier. Bruxelles précise que la fragilité économique du Burundi risque d'aggraver la crise actuelle. Pas question d'abandonner les habitants et de suspendre l'aide humanitaire. L'idée des diplomates européens serait donc plutôt de modifier les destinataires de leur aide : concrètement, cela signifierait privilégier l'aide directe à la population sans passer par le gouvernement.

L'Union européenne, qui dénonce à la fois les attaques de groupes rebelles et la répression gouvernementale pourrait aussi élargir les sanctions personnelles de gel des avoirs et d'interdiction de visas qui touchent actuellement quatre proches du président Nkurunziza.

En attendant, l'Union européenne réclame de nouveau la tenue d'un dialogue politique interburundais, sans condition préalable et sous médiation internationale. Et elle lance un nouvel avertissement aux autorités burundaises. Sur Twitter, la députée Cécile Kyenge écrit : « Le gouvernement du Burundi doit prendre pleinement conscience que la patience de l'Union européenne a des limites. »

Je pense que nous devons rester très prudents dans la région des Grands Lacs.
Marie Arena
16-02-2016 - Par Jean-Jacques Louarn