Palais présidentiel de Niamey: qui sera le prochain locataire?

Des étudiants passent devant les affiches électorales des candidats Mahamadou Issoufou, président sortant, et Amadou Boubacar Cissé, ancien ministre (à droite), à Niamey, le 30 janvier 2016.
© BOUREIMA HAMA / AFP

Les Nigériens se rendent aux urnes, le 21 février, pour élire leur prochain président. La campagne pour le premier tour de la présidentielle, qui s’est ouverte le 30 janvier sur fond de tension politique grandissante, se termine le vendredi 19 février. Le Conseil constitutionnel a autorisé quinze candidats issus de la classe politique et de la société civile à se présenter à ce scrutin. Portraits.

Hama Amadou

Farouche opposant du président Issoufou, ce Peul de culture djerma, âgé de 65 ans, est le patron du Mouvement démocratique nigérien (Moden Fa Lumana) qui est la

Hama Amadou, l'ancien président de l'Assemblée nationale au Niger, ici en novembre 2013. © ISSOUF SANOGO / AFP

troisième force politique du Niger, après le PNDS-Tarayya de Mahamadou Issoufou et le Mouvement national pour la société de développement (MNDS-Nassara) de Seyni Oumarou. Arrivé troisième à la présidentielle de 2011, Hama Amadou s’était allié au second tour avec le futur chef de l’Etat, favorisant l’élection de ce dernier. Son ralliement avait été récompensé par sa nomination au poste du président de l’Assemblée nationale.Ténor de la vie politique depuis plus de vingt ans, Hama Amadou a été Premier ministre à deux reprises (1995-1996 et 2000-2007) et nourrit l’ambition d’accéder à la magistrature suprême. Dès 2013, il a proclamé sa candidature à la présidentielle de 2016, suscitant l’ire du président Issoufou. Depuis, la tension entre les deux hommes est allée grandissante. En août 2014, après avoir perdu son immunité parlementaire dans une affaire de trafic international présumé de bébés impliquant l’une de ses deux épouses, Hama Amadou a quitté précipitamment le pays pour se réfugier en France. Lorsqu’il est revenu d’exil en novembre 2015, afin de pouvoir participer à la campagne présidentielle, il a été écroué à Filingué, au nord de Niamey. L'opposant qui ne peut ni sortir de prison ni s’adresser à ses électeurs à la radio et la télévision publiques, déclare être un « prisonnier politique », alors que le gouvernement répète qu’il est un « prisonnier de droit commun ». Toujours est-il que la candidature de Hama Amadou a été validée par la Cour constitutionnelle. Ses partisans battent campagne pour lui en son absence.

Mahamadou Issoufou

Elu en 2011, le président sortant Mahamadou Issoufou brigue un second mandat. Selon la Constitution nigérienne, le président est élu pour un mandat de cinq ans, renouvelable une fois. A 65 ans, cet ancien ingénieur des mines formé en France a été réinvesti par son parti, le Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS-

Le président du Niger Mahamadou Issoufou. © AFP PHOTO / FAROUK BATICHE

Tarayya). Ses partisans se sont déclarés « très satisfaits » de son bilan tant en matière de construction d’infrastructures que dans le domaine de la sécurité et des chantiers sociaux. Ses opposants, en revanche, sont beaucoup moins satisfaits de son bilan et dénoncent la corruption et le sectarisme qui gangrènent le pays. Le climat politique s’est tendu depuis deux ans au Niger, avec d'une part, la pression croissante des groupes terroristes, notamment à l'est du pays, dans la région de Diffa frontalière avec le Nigeria, et des arrestations d'opposants, d'autre part. Récemment, de hauts gradés de l'armée et plusieurs civils - la plupart appartenant au parti Moden Fa Lumana de Hama Amadou - ont été arrêtés dans le cadre d’un « complot » visant à renverser le pouvoir, mais que les autorités disent avoir déjoué à la mi-décembre.

Membre de l’ethnie haoussa majoritaire, Mahamadou Issoufou a été Premier ministre de 1993 à 1994 et président du Parlement de 1995 à 1996. L’homme surnommé le « zaki » ou le lion en haoussa, a voué l’essentiel de sa vie à la politique, et espère être réélu à la présidence dès le premier tour, en un « coup KO », selon le slogan repris par ses partisans. L’opposition nigérienne mise, pour sa part, sur un second tour. Ses ténors ont signé une alliance prévoyant d’appeler à voter pour celui d’entre eux qui serait mieux placé en cas de mise en ballottage du président sortant.

Seyni Oumarou

Seyni Oumarou © AFP

Chef de file de l’opposition, Seyni Oumarou, 65 ans, est le candidat du Mouvement national pour la société de développement (MNSD-Nassara), l’ancien parti-Etat fondé par Mamadou Tandja, au pouvoir à Niamey entre 1999 et 2010. Issu de l'ethnie djerma, cet ancien cadre de la Nigelec, la compagnie nationale d’électricité, a été plusieurs fois ministre, puis président du Parlement et enfin Premier ministre de 2007 à 2009. Candidat à l’élection présidentielle de 2011, il était arrivé deuxième derrière Mahamadou Issoufou et avait réalisé un score honorable de 41,96% au second tour. Opposant tenace au président sortant, il s’est fait signaler à l’attention en janvier 2014 en publiant le Livre blanc sur les institutions de la République. Dans ce rapport, il dénonce notamment la partialité et l’allégeance de la Cour constitutionnelle au régime. Il espère profiter, cette année, de l’incarcération de Hama Amadou pour gagner en visibilité et incarner l’alternance face au pouvoir de Mahamadou Issoufou.

Mahamane Ousmane

Premier président démocratiquement élu du Niger, Mahamane Ousmane, 66 ans, a

Muhamane Ousmane était président du Niger de 1993 à 1995. © abamako.com

présidé aux destinées de son pays de 1993 à 1996 avant d’être renversé par un coup d’Etat. Economiste de formation, il dénonce le bilan économique « désastreux » du gouvernement actuel. Mahamane Ousmane fut candidat à la présidentielle de 2011 où il était arrivé quatrième avec 8,33% des suffrages exprimés au premier tour. Fort de ses influences dans ses bastions historiques de Zinder, de Maradi et de Diffa, il s’est fait investir candidat à la présidentielle de 2016 par le Mouvement nigérien pour le Renouveau démocratique (MNRD). C'est sa quatrième tentative pour revenir au pouvoir. 

Cheiffou Amadou

Investi par le Rassemblement social et démocrate (RSD), parti qu’il a fondé en 2004, Cheiffou Amadou, 73 ans, fait campagne sur « un projet de société alternatif et crédible ». Ingénieur de navigation aérienne de formation, l’homme a occupé des postes importants. Premier ministre, ministre de la Défense, il a été aussi plusieurs fois candidat à l’élection présidentielle. En 2011, fort de son score au premier tour de 4,07%,  il a soutenu le futur président Mahamadou Issoufou au second tour. Après son élection, celui-ci l’a remercié de son soutien en le nommant au poste prestigieux de médiateur national.

Amadou Boubacar Cissé

Ministre du Plan jusqu’en septembre dernier, Amadou Boubacar Cissé, 67 ans, a été un des poids lourd du régime en place. Déplorant la « dérive autocratique » du chef de l’Etat, il a claqué la porte de la coalition présidentielle dont il faisait partie depuis 2011 et s’est fait investir par son parti, l’Union pour la Démocratie et la République pour la présidentielle du 21 février. Diplômé de l’Ecole nationale des ponts et chaussés de Paris, « ABC » a siégé en tant qu’économiste à la Banque mondiale, puis à la Banque islamique de développement. Déjà candidat en 2011 à la présidence, il avait obtenu 1,61% des suffrages exprimés et avait soutenu la candidature de Mahamadou Issoufou au second tour.

Tahirou Guimba

Ex-militant du MNSD-Nasaara, ancien parti unique du Niger, Tahirou Guimba, 64 ans, a créé en 2011 son propre parti le Mouvement démocratique (Moddel Ma’aykata). A l’occasion du dernier congrès de sa formation qui s’est déroulé à Filingué dont il a été le maire, le  candidat a réussi à arracher son investiture pour la présidentielle 2016 en promettant d’œuvrer pour « un vrai changement dans le paysage politique nigérien ». Diplômé de l’Institut français de gestion (Paris), Tahirou Guimba a occupé au cours des dernières années le poste de conseiller spécial du Premier ministre du Niger chargé plus précisément des questions du transport.

Mahamane Hamissou

Issu de la société civile, Mahamane Hamissou, 52 ans, concourt à la présidentielle de 2016 sous les couleurs du Parti pour la Justice et le Développement (PJD Hakika) qu’il a créé il y a trois ans. Nommé par le régime en 2011 à la vice-présidence de la Haute autorité de lutte contre la corruption, il a démissionné de son poste en raison de « désaccords » avec le président Mahamadou Issoufou « sur certains dossiers brûlants ».

Abdou Labo

Plusieurs fois ministre dans des gouvernements nigériens successifs depuis 1993, cet ingénieur en navigation aérienne, 66 ans, a dirigé des ministères importants (Intérieur et Agriculture) sous la présidence de l’actuel chef de l’Etat Mahamadou Issoufou. Il a quitté le gouvernement, en août 2014, après avoir été poursuivi, avec une vingtaine d’autres personnalités dont l’ancien président de l’Assemblée nationale Hama Amadou, pour « supposition d’enfants », délit consistant à attribuer la maternité d’un enfant à une femme ne l’ayant pas mis au monde. Abdou Labo est entré dans la vie politique au début des années 1990, en créant la Convention démocratique et sociale (CDS) dont il a été investi candidat pour la présidentielle du 21 février. Autrefois proche de l’ancien président Mahamane Ousmane auquel il dispute aujourd’hui la tête de son parti, il évolue toujours dans l’orbite du chef de l'Etat au profit duquel il pourrait appeler ses électeurs à voter en cas d’un second tour.

Laouan Magagi

Candidat à la présidentielle pour le compte du parti Alliance pour le renouveau démocratique (ARD Adaltchi-Mutuntchi), Laouan Magagi, 56 ans, veut être le candidat d'une « alternative crédible pour le Niger 2016 », comme il l'a déclaré lors de son passage à la télévision nationale. Sa formation avait présenté un autre candidat à la présidentielle de 2011, avant d’appeler à voter au second tour pour Seyni Oumarou, leader de l’opposition. Engagé dans l’atteinte des objectifs de développement durable, Laouan Magagi se propose d’œuvrer pour faire du Niger un pays émergent à l'horizon de 2020 et fait campagne surtout auprès des 2 millions de jeunes Nigériens qui vont voter pour la première fois en 2016.

Kassoum Moctar

A 37 ans, cet ex-ministre de la Communication sous la présidence de Tandja, est le plus jeune postulant à la présidentielle nigérienne 2016. Kassoum Moctar a aussi été maire de Maradi, une ville du sud-est et capitale économique du Niger, avant d’être révoqué de son poste en 2014, suite à ses déboires avec la justice pour corruption. Il est le président-fondateur du parti Convergence pour la République (CPR Inganci) pour le compte duquel il se présente à la présidentielle nigérienne 2016. Il a milité autrefois au sein du RSD Gaskiya de l’ancien Premier ministre Cheiffou Amadou, qui est lui aussi candidat à la présidentielle du 21 février.

Mahamane Jean Philippe Padonou

Agé de 62 ans, Mahamane Jean Padonou a milité autrefois au sein du parti-Etat MNSD et a été vice-président du RSD Gaskiya de Cheiffou Amadou, avant de fonder en 2014 sa propre formation Convergence pour la Démocratie et le Progrès (CDP Marhaba). Candidat de la CDP-Marhaba pour la présidentielle 2016, l’homme fait campagne sur un programme basé sur le monde rural, la jeunesse et la femme.

Adal Rhoubeid

Médecin formé en France et aux Etats-Unis, le Dr. Adal Rhoubeid, 41 ans, est le président-fondateur du Mouvement démocratique pour le Renouveau (MDR Tarna, « triomphe » en Tamachek) qui défend notamment les intérêts de la communauté touarègue nigérienne. Candidat à la présidentielle 2016 pour le compte de son parti, il milite pour un programme de développement qui s’articule autour de la promotion de l’éducation, de la lutte contre la pauvreté et la corruption et de la restauration du service militaire obligatoire. Né dans la région d’Agadez, Adal Rhoubeid exerce sa profession de médecin dans des localités reculées où il a créé des cliniques ainsi que des cases de santé desservant des villages et des campements nomades.

Abdoulaye Amadou Traoré

Lui aussi médecin, mais spécialisé dans la santé féminine, Abdoulaye Traoré, 46 ans, est le candidat pour la présidentielle 2016 du Parti du Progrès pour un Niger uni (PPNU). Engagé dans des actions sociales pour lesquelles il sollicite l'aide des bailleurs de fonds internationaux, le Dr. Traoré s’était déjà présenté une première fois à la présidentielle en 2011 en tant que candidat indépendant et avait alors obtenu 0,54% des voix.

Ibrahim Yacouba

Ministre des Transports, puis directeur de cabinet adjoint du président Issoufou depuis 2013, Ibrahim Yacouba a longtemps incarné le visage de la génération montante du PNDS, avant d’être exclu du parti au pouvoir pour cause d'indiscipline et impulsivité.  Agé de 44 ans, l’homme a une formation de contrôleur des douanes, mais il est aussi passé par l’Ecole nationale d’administration du Niger. Ambitieux et dynamique, bien connu dans le milieu syndical en tant que militant altermondialiste, Ibrahim Yacouba a fondé en novembre 2015 son propre parti, le Mouvement patriotique nigérien (MPN) dont il est le candidat pour la présidentielle de 2016.