[Reportage] Zimbabwe: politique contre nourriture


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Le Zimbabwe affronte comme ses voisins d’Afrique australe sa pire sécheresse en vingt-cinq ans. Les deux tiers des ruraux du Zimbabwe sont pauvres et donc particulièrement vulnérables. Selon le gouvernement, qui vient de proclamer un état de désastre humanitaire dans les régions les plus touchées, plus d’un quart de la population est en situation d’insécurité alimentaire. Le pays doit importer des centaines de milliers de tonnes de maïs dans des contrées aussi lointaines que le Mexique, la Russie ou l’Inde. Mais même en période de sécheresse, les autorités distribuent de la nourriture selon des critères politiques.

De notre envoyé spécial à Harare,

Dans les régions les plus affectées par la sécheresse, les trois quart des terres auront un rendement nul cette année. Hendrik Olivier le directeur de la CFU le syndicat des agriculteurs commerciaux, est très pessimiste. « On a déjà des cas de famine, et on perd du bétail, en particulier dans le sud à Masvingo et aussi dans le Matabeleland. Dans le nord, à moins d’avoir des champs irrigués, vous allez avoir une très mauvaise récolte. Donc l’impact se ressent déjà, et les choses vont empirer. »

Même en période de sécheresse, l’aide alimentaire est une arme politique pour le parti au pouvoir Zanu PF. Depuis dix ans le Zimbabwe Peace Project de Jestina Mukoko suit avec attention les distributions de nourriture à travers le pays. « Les gens doivent présenter une carte du parti. On leur demande aussi parfois d’entonner le slogan actuel du parti. Ces slogans changent souvent, donc à moins d’assister régulièrement aux réunions, on ne peut pas savoir. Et nous avons constaté qu’il y a parmi les exclus de ces distributions des personnes qui sont âgées ou d’autres qui souffrent de maladies chroniques. Et parce qu’elles ont voté pour telle personne par le passé, elles ne reçoivent rien, tandis que les autres repartent avec un sac de maïs. Et c’est la raison pour laquelle lors d’élections, des communautés entières votent avec leurs ventres. »

Les sympathisants des partis d’opposition souffrent de cette discrimination. Le Zimbabwe Peace Project signale que les soutiens de l’ex vice-présidente Joyce Mujuru et des autres dissidents du parti au pouvoir subissent désormais cette même discrimination.