Elections en Ouganda: un premier tour chaotique

Le décompte des voix a commencé dans ce bureau de vote de Kampala, le 18 février 2016.
© REUTERS/James Akena

En Ouganda, quinze millions d'électeurs votent ce jeudi 18 février pour des élections législatives et présidentielle. Deux cent quatre-vingt-dix sièges de députés sont à renouveler et surtout le président sortant, Yoweri Museveni remet en jeu son mandat. Les bureaux de vote devaient ouvrir à 6h (TU) mais plusieurs n'ont pas pu ouvrir à temps et quelques incidents ont été signalés.

Avec notre correspondante,

Dans ce bureau de vote du Sud de la capitale, à Kampala, la situation en début d'après-midi est un peu tendue. Le bureau n'a ouvert qu'à la mi-journée avec quelque trois heures de retard sur l'horaire prévu.

Ces cas de retard sont dus à des problèmes dans l'acheminement du matériel de vote. Et l'attente des électeurs, dans la fournaise de la saison sèche, peut créer des tensions et faire s'échauffer les esprits. Les forces de l'ordre sont très présentes et les observateurs ont signalé des tirs de gaz lacrymogène dans un quartier de la capitale.

Un agent de la commission des droits de l’Homme ougandais, qui réalisait une tournée des bureaux de vote, s’est montré inquiet quant à la possibilité de faire voter tous les électeurs.

La Commission électorale, de son  a voulu être rassurante : selon elle tous les gens faisant la queue dans les bureaux pourraient voter, même après l'heure de fermeture officielle des bureaux de vote, soit 16h00 heure locale (13h TU).

Déjà ce matin de nombreux bureaux de vote n’ont pas ouvert à l’heure. Ils étaient supposés être opérationnels dès 7h locales (04h TU) mais un certain nombre présentaient encore porte close à 8h dans la capitale. Des files d’électeurs attendaient déjà devant les bureaux.

Hier, la Commission électorale avait appelé hier les Ougandais à se présenter tôt dans leurs bureaux ce jeudi matin. Les organisateurs s'attendent en effet des problèmes dus à de mauvais aiguillages des électeurs. Les Ougandais choisissent leur président et leurs députés, soit plusieurs votes en un ce qui risquait de créer certaines difficultés lors du passage aux urnes, d’autant plus qu’un nouveau système biométrique était pour la première fois utilisé dans le pays.

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Un scrutin sous haute sécurité: un million d'«empêcheurs de crimes» déployés (reportage)
18-02-2016 - Par Charlotte Cosset

Museveni président-candidat

Arrivé au pouvoir il y a 30 ans en renversant le régime en place et après plusieurs années de guérilla, Yoweri Museveni est candidat face à sept concurrents. Il est particulièrement apprécié dans son pays où il apparaît comme le dirigeant qui a su ramener la paix. Il a su faire taire les nombreuses rébellions notamment la LRA et les ADF. Autre point fort de son mandat, la place prise par l'Ouganda dans la politique régionale : lutte contre les shebabs et médiation dans la crise burundaise. 

Mais il faut noter qu’environ 80% de la population a moins de 30 ans en Ouganda. La plupart des électeurs n’a donc pas connu d’autre dirigeant que Yoweri Museveni. Si un certain nombre aspire à la stabilité et au maintien au pouvoir du Mzee, « l’ancien » ainsi qu'il se surnomme lui-même, une autre part de la population aspire elle au changement.

Kizza Besigye, le principal opposant, remis en liberté

En plus de la situation confuse dans les bureaux de vote, l’opposant principal à Yoweri Museveni, Kizza Besigye a été emmené par les forces de l’ordre en fin d’après-midi. Celles-ci affirment ce soir l'avoir arrêté pour intrusion criminelle et agression, puis libéré sous caution. Il a ensuite été reconduit à son domicile.

Une partie des électeurs reviendra voter demain

La Commission électorale a d’ores et déjà suspendu le vote dans un certain nombre de bureaux. Une partie des Ougandais devra donc retourner aux urnes demain. 14 bureaux de vote sont concernés dans la capitale et 22 dans le district de Wakiso, qui englobe notamment la ville d’Entebbe.

La crédibilité de ce scrutin est déjà remise en cause. Les retards ont été qualifiés d' « absolument inexcusables » par le chef de la mission d'observation du Commonwealth, l'ancien président nigérian Olusegun Obasanjo. Selon d'autres observateurs, cette désorganisation n’inspire pas la confiance dans le processus électoral.