[Reportage] Zimbabwe: l'ex-vice présidente Joyce Mujuru défie Mugabe


© Nicolas Champeaux/RFI

Suite de notre série consacrée au Zimbabwe, tenu d’une main de fer par Robert Mugabe depuis 36 ans. Il aura 92 ans dimanche. La Zanu-PF l’a désigné comme candidat pour la présidentielle de 2018, mais la bataille pour sa succession fait déjà rage. Elle oppose le vice-président et ancien commandant des armées Emmerson Mnangagwa, et l’épouse de Mugabe, Grace, de quarante ans sa cadette, que les Zimbabwéens détestent. L’ex-vice présidente, Joyce Mujuru, chassée du parti en 2014, a le vent en poupe, elle vient de lancer sa formation « We are people first », nous sommes le peuple d’abord. Elle souhaite former une grande coalition.

De notre envoyé spécial à Harare,

Joyce Mujuru, 60 ans, présente selon son camp, de nombreux atouts. Elle est l’épouse d’une figure de la libération, Solomon Mujuru, ex-chef des armées, décédé dans un incendie mystérieux en 2014. Elle jouit d’un certain capital sympathie en raison de la manière peu élégante dont elle a été chassée du parti en 2014. L’exécutif de la Zanu-PF l’avait accusé de mener un complot pour renverser Mugabe. « Elle est humble, c’est une

Rugare Gumbo, ex combattant pour la libération et ancien ministre, © Nicolas Champeaux/RFI

femme, elle a participé à la lutte pour la libération, et peu de femmes ont été impliquées à son niveau, elle était commandant, je la vois aussi comme une mère, elle n’est pas du genre à fustiger et punir les autres », explique Rugare Gumbo. 

Gumbo, ex-combattant pour la libération et ancien ministre, est, avec Didymus Mutuasa, l’un des poids lourds de son nouveau parti « We are the people first ». Joyce Mujuru a été vice-présidente durant dix années. Saura-t-elle vraiment incarner le renouveau, s’interrogent des diplomates. L’expérience est un avantage, souligne ses équipiers, ne serait-ce que pour déjouer la fraude électorale, dont ils connaissent les ficelles. « On sait bien qu’il y a eu de la triche, on était impliqués, on connaissait le système on savait que les choses n’étaient pas conduites selon les règles, et à présent on va veiller à éviter que cela se reproduise », explique sans broncher Gumbo.

Gumbo ne tenait pas ces propos il y a dix-huit mois quand il était encore porte-parole de la ZANU-PF, mais il estime qu’il n’a pas à présenter d’excuses. « Ah non, je n’ai pas à m’excuser, car je n’ai pas menti, ce n’est pas mon genre, j’ai juste tenu ma langue c’est tout », explique Gumbo avant d’éclater de rire.

Joice Mujuru au côté du président Robert Mugabe avant son éviction, en octobre 2014. © AFP PHOTO/JEKESAI NIJIKIZAMA

Joyce Mujuru souhaite mettre sur pied une grande coalition, des contacts ont été pris avec le patron du MDC, Morgan Tsvangirai, et son ancien numéro deux Tendai Biti. L’ancien ministre des Finances est favorable à une telle alliance. « A chaque fois qu’il y a un changement démocratique, et qu’un mouvement de libération est éconduit, c’était après une scission organique au sein du mouvement de libération, lorsque les dissidents ont fait équipe avec les forces démocratiques, c’est pourquoi Joyce Mujuru et son équipe peuvent jouer un rôle historique au Zimbabwe, et c’est pourquoi ils ne peuvent être ignorés », explique l’avocat, citant le Nigeria, le Sénégal, le Ghana et le Burkina Faso. Les ex-cadres du parti du MDC sont pour la plupart des urbains qui n’ont pas participé au mouvement de libération. L’équipe de Mujuru va devoir se mettre au travail pour lever des fonds, mais elle n’est pas pressée, car son entourage le sait, c’est avec l’argent que débutent les querelles.

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