[Reportage] Zimbabwe: la galère des démunis


© Nicolas Champeaux/RFI

Les autorités du Zimbabwe ont peiné à payer les fonctionnaires en décembre. Les rentrées d’argent se tarissent pour l’Etat au fur et à mesure que les entreprises ferment. Les lois d’indigénisation effraient les investisseurs, et quatre-vingt-dix pour cent des actifs travaillent désormais dans l’économie informelle. De plus, la vie est chère dans ce pays qui a adopté le dollar US et où l’argent ne circule pas. Reportage à Glenview et Chitungiwza, deux villes pauvres au sud de la capitale à Harare.

De notre envoyé spécial à Harare,

Impossible de marcher sur les trottoirs de Glenview. Les petites échoppes y poussent comme des champignons. Grace Evelyn, 26 ans, vend du dentifrice, du café des balais, mais le chaland ne vient pas. « On a ouvert il y a six mois quand mon mari qui était maçon a perdu son emploi. Il n’y a plus de travail sur les chantiers, donc plus d’emploi, donc on a ouvert notre étal, la vie est dure, mais on essaie », explique Grace Evelyn, enceinte de quatre mois.

Ambiance de désolation dans les rues

Les échoppes de bric et de broc se multiplient dans le pays pour faire face à la pauvreté. © Nicolas Champeaux/RFI

Forget Mapranga, une veuve de 58 ans, revient d’une journée au marché, deux seaux à la main, le regard dépité. « L’argent ne circule pas assez, les gens n’ont pas d’argent à dépenser, et on est tous là à vendre la même chose, on se fait concurrence », se lamente cette mère de cinq enfants.

Deux rues plus loin, Charles, 55 ans, explique qu’il a été licencié par sa société d’outillage il y a huit ans. Aujourd’hui il fabrique des cadres de porte et de fenêtres dans son petit jardin, mais les autorités sans pitié le harcellent. « La municipalité ne veut pas que je travaille dans mon jardin, elle dit que c’est illégal. Mais je n’ai pas le choix. C’est mon gagne pain, les autorités devraient comprendre, c’est ce qui me permet de survivre ! », se désole Charles d’une voix chevrotante, alors qu’un glaneur pousse péniblement sa charrette remplie d’objets métalliques. Les cris des enfants qui font la course en poussant de vieux pneus usés apportent un peu de gaieté à cette ambiance de désolation, dans un quartier où les ordures forment des monticules au milieu de flaques d’eaux usées.

De nouvelles taxes pour remplir les caisses de l'Etat

Les caisses de l’Etat sont quasiment vides, les autorités tentent donc de taxer certains secteurs de l’économie informelle. L’initiative a été très mal vécue à Chitungwiza, une ville pauvre à quarante cinq minutes au sud de Harare. Les autorités locales ont introduit une taxe mensuelle de cent dollars pour les minibus taxis. Ils ont manifesté en décembre dans la rue pour protester. Les jeunes de la Zanu-PF, le parti au pouvoir, leur ont jeté des pierres. La situation a dégénéré. « La police anti-émeute est intervenue avec des canons à eau et des grenades lacrymogènes », explique Bright, qui a assisté aux échauffourées. La population a rejoint le mouvement de grogne des mini-bus taxis. « Les policiers corrompus peuvent arrêter les minibus jusqu’à cinq fois sur le trajet Harare et Chitungwiza pour soutirer un billet. A cause d’eux, tout le monde est en retard, et les chauffeurs augmentent leur prix. Ajoutée à la frustration des gens ici, au chômage, la situation à Chitungwiza est une bombe à retardement », alerte Birght, employé de banque. Son ami Blessing, qui mène des enquêtes sociales pour des ONG occidentales, a relevé un nombre grandissant de prostitués à Chitungwiza. « Moi, je bois de la bière, et je vais dans les bars. Les trois quart des clients sont en fait des jeunes filles mineures, qui proposent des passes pour parfois deux dollars. Pendant ce temps, les jeunes se droguent au Bronco, un sirop pour la toux qui contient de la codéine ».

Les deux millions de Zimbabwéens installés en Afrique du Sud envoient moins d’argent aux familles restées au pays car le rand sud-africain a chuté, et puis le prix du maïs augmente du fait de la sécheresse. Les Zimbabwéens démunis attendent une bonne nouvelle qui ne vient pas.

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