Soudan du Sud: au moins 18 morts dans l'attaque d'une base de l'ONU

Des civils fuient les combats dans la base de l'ONU de Malakal, le 18 février 2016.
© Justin LYNCH / AFP

Des hommes armés ont ouvert le feu mercredi soir sur des civils réfugiés dans une base des Nations unies à Malakal, au Soudan du Sud, tuant au moins 18 personnes, selon un bilan de MSF jeudi soir.

Toute la journée de jeudi, les Casques bleus ont multiplié les patrouilles à Malakal. Cependant, la situation est restée très tendue. Les violences d'hier ont opposé des communautés rivales.

Près de 48 000 personnes vivent dans cette base des Nations unies et ce sont ces personnes, des civils, qui ont été la cible de l'attaque. Depuis le début de la guerre civile il y a deux ans, les affrontements opposent deux ethnies, celle du chef rebelle Riek Machar, c'est l'ethnie Nuer, et les Dinkas du président Salva Kiir.

Les Shilluks visés  par l'attaque

Selon nos informations, ce sont des Dinkas qui ont lancé l'attaque. Des soldats pro-gouvernement sont entrés vers 11h du soir sur le site à la recherche de membre d'un troisième groupe : les Shilluk. 

Dans cette guerre civile qui dure depuis ans, l'aspect ethnique est très important. Dès le début, les affrontements ont pris un tour communautaire entre Dinka et Nuer. Dans la ville de Malakal, la situation est plus compliquée, car un troisième groupe est entré dans le conflit : les Shilluks, qui se sont battus successivement avec les deux camps en fonction de leurs intérêts. Les Shilluks ont cherché à profiter de la guerre pour prendre le contrôle de la ville, qu'ils revendiquent depuis des années.

Depuis quelques mois, les Shilluk ont décidé d'interdire la présence d'autres communautés dans leur région. L'attaque de la nuit dernière pourrait donc être un avertissement de la part du pouvoir afin de réaffirmer l'autorité du président sur l'ensemble du Soudan du Sud.

Bilan de l'attaque : au moins 18 morts et une quarantaine de blessés. Les violences ont duré toute la nuit et ce jeudi encore la situation était très tendue sur la base des Nations unies. 

« Un éclatement assez inquiétant ... »

Pour Christian Delmet, chercheur au Centre d'études des mondes africains, les enjeux communautaires et politiques sont très liés. Il y a quelques mois, le chef de l'Etat, Salva Kiir a décidé de redécouper le pays en 28 provinces, pour affaiblir son rival, Riek Machar. Et les conséquences se font déjà sentir.

« Salva Kiir a divisé le pays en 28 Etats pour affaiblir davantage les Nuer. Il pensait qu’il allait faire des nouveaux leaders politiques de chaque Etat des amis. Mais c’est le contraire qui se passe. C’est le début d’une dispersion et d’un éclatement assez inquiétant, affirme Christian Delmet. Cela se produit depuis dix ans. Le Soudan du Sud ne s’est pas constitué en nation, loin de là, puisqu’il suffit d'une crise pour que tout reparte. Ce qui est normal dans la mesure où les populations n’ont rien gagné dans cette indépendance ».