Viol d'une jeune fille au Tchad: le père de la victime témoigne

Les auteurs présumés du viol de la jeune Tchadienne Zouhoura ont été arrêtés, a annoncé mardi 16 février 2016 le procureur général de Ndjamena. (photo d'illustration)
© (Photo by Thomas SAMSON/Gamma-Rapho via Getty Images)

Le Tchad se remet des émotions après plusieurs jours marqués par des manifestations de colère et d’indignation provoqués par le viol collectif, commis par des fils de dignitaires du pouvoir, d’une lycéenne et surtout la diffusion des images de la scène sur les réseaux sociaux. Une semaine après les faits, RFI a rencontré la famille de la jeune fille.

Choqué mais déterminé, Mahamat Yosko continue à recevoir de nombreux visiteurs au bas de son immeuble. Boubou blanc, barbe de plusieurs jours, il affirme que malgré tout, il reste fier de sa fille parce que dans le supplice, elle a su tenir tête à ses bourreaux. « Quand elle est arrivée, elle a dit elle-même qu’elle leur avait dit : " Mieux vaut me tuer, mais je vais dénoncer ça ". Et elle a eu le courage de le dénoncer. »

Une attitude qui a permis de briser l’omerta qui prévaut depuis fort longtemps, explique le père de la jeune Zouhoura, qui est par ailleurs candidat déclaré à la présidentielle du 10 avril prochain.

« Il paraît que maintenant ma fille a 17 plaignants ici à Ndjamena. Quatre filles, complices de cet acte, ont été arrêtées. La police judiciaire est en train de faire son travail, et les parents des victimes ont déposé des plaintes. C’était les mêmes voyous, ils font ça et après, pour humilier la fille, ils disent : " Si tu viens pas, on va publier ". Ma fille a dit : " Publiez, je suis déjà humiliée, je n’entends rien ", explique-t-il. Beaucoup de pères de familles m’ont dit : " Ma fille aussi a été violée ". Je ne peux pas citer leurs noms mais ce sont des grands cadres du pays qui m’ont appelé. »

Au-delà de l’indignation du moment, c’est peut-être le début de la fin d’une gangrène sur laquelle la société tchadienne est restée longtemps silencieuse.