Egypte: les autorités ordonnent la fermeture d’une ONG réputée

Des membres des forces de sécurité égyptiennes déployés sur la place Tahrir, au Caire, le 24 janvier 2016.
© REUTERS/Mohamed Abd El Ghany

Le gouvernement égyptien a demandé la fermeture immédiate de l’une des ONG les plus estimées du pays. Le centre Nadim fournit depuis 1993 un soutien et des conseils aux victimes de torture et de violences sexuelles. Le centre n’hésite pas, selon l’avis des victimes, a documenter les violations et les actes de torture commis bien souvent par les forces de l’ordre égyptiennes. Reportage au Caire de François Hume-Ferkatadji

C’est dans un modeste appartement du centre-ville du Caire que se trouve l’une des plus éminentes ONG du pays. C’est là que les victimes de viols ou de torture se confient et tentent de retrouver un sentiment de dignité.

Mais le ministère de la Santé accuse le centre de ne pas respecter certaines règles, sans spécifier lesquelles, et exige sa fermeture.

« Je crois que c'est un choix politique, avance la directrice du centre, Aida el-Dawla. Nous n'avons rien fait de plus que ce que nous faisons depuis des années. Nous n'avons pas changé, c'est le régime qui a changé drastiquement. Non pas que nous soyons passés d'une démocratie à une dictature. Non, nous sommes passés d'une dictature à une dictature extrême qui veut mettre sous silence tout le monde ».

Il y a quelques jours, le centre Nadim a démontré que le policier, qui mène actuellement l’enquête sur le meurtre de l’étudiant italien Giulio Regeni, avait été condamné à un an de suspension pour avoir torturé à mort un détenu en 2000 à Alexandrie.

Depuis 1993, les patients victimes de torture se succèdent dans les locaux de l'organisation.

« Nous essayons de faire en sorte qu'ils gèrent leur traumatisme. S'ils ont besoin d'une aide judiciaire, on les aiguille. S'ils veulent faire connaître leur histoire, nous les publions, explique Aida el-Dawla. Nous avons une approche globale un peu différente au sujet de l'accompagnement, nous n'assurons pas seulement des soins médicaux ».

La décision des autorités survient à un moment où les cas de tortures et de disparitions forcées sont de plus en plus relayés par la presse égyptienne et étrangère. Le Centre Nadim a obtenu, après négociations, un rendez-vous avec le ministère de la Santé dimanche prochain. La directrice de la clinique espère obtenir le droit de poursuivre son activité.