Burundi: la justice lève les mandats d'arrêt contre 15 personnalités

Le président du Burundi, Pierre Nkurunziza, à Bujumbura, le 17 mai 2015.
© AFP PHOTO / CARL DE SOUZA

Le Burundi a deux rendez-vous politiques et diplomatiques importants la semaine prochaine, avec la visite du secrétaire général de l’ONU et celle de cinq chefs d’Etats mandatés par l’Union africaine. Est-ce une simple coïncidence ? Le procureur général burundais a décidé de lever, sans aucune explication, les mandats d’arrêt internationaux lancés contre 15 personnalités, dont des leaders de l'opposition, sur les 34 qui font l’objet de poursuite. Bujumbura serait en train de multiplier les gestes de bonne volonté.

La décision de la justice burundaise d’annuler des mandats d'arrêts internationaux contre 15 personnalités pourrait permettre de relancer les pourparlers, actuellement au point mort, entre le régime du président Pierre Nkurunziza et son opposition et tenter de sortir le pays d'une crise politique qui dure depuis plus de neuf mois.

Sur cette liste, on trouve des personnalités de premier plan, comme le président du Cnared, une plate-forme qui regroupe les leaders de partis d'opposition en exil, Léonard Nyangoma, son porte-parole Pancrace Cimpaye, ainsi que deux anciens membres éminents du parti au pouvoir devenu des frondeurs, l'ancien président de l'Assemblée nationale Pie Ntavyohanyuma et l'ancien 2e vice-président, Gervais Rufyikiri.

La quasi-totalité de ces responsables se trouvaient sur une liste de 34 personnalités politiques, de la société civile et des responsables des médias indépendants, accusés d'être les instigateurs de l'insurrection - terme qui désigne les manifestations contre le 3e mandat du président Pierre Nkurunziza - et de la tentative de putsch des 13 et 14 mai 2015 au Burundi.

« Gestes de bonne volonté »

Jusqu'ici, Bujumbura a refusé d'engager un dialogue inclusif avec son opposition, en invoquant notamment ces mandats d'arrêt, malgré les pressions de la communauté internationale. Le document du procureur général, daté du 3 février, a fuité dans la presse à trois jours d'une visite du secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon au Burundi. Une « délégation de haut niveau » de l'Union africaine est également attendue à Bujumbura plus tard dans la semaine.

« Le pouvoir est en train de faire indéniablement des gestes de bonne volonté avant ces rendez-vous diplomatiques et politiques importants, mais c'est à dose homéopathique », a estimé sous couvert d'anonymat un diplomate occidental en poste à Bujumbura. « Espérons que ces visites vont le pousser à faire plus », a-t-il ajouté.

Outre la levée des mandats d'arrêt, ce diplomate a cité « l'autorisation accordée aujourd'hui (vendredi) à deux radios privées de réémettre de nouveau, le renforcement des observateurs des droits de l'homme de l'UA par l'adjonction d'une vingtaine d'hommes, l'acceptation d'une mission de trois experts mandatés par le Haut commissariat de l'ONU aux droits de l'homme sur les violences au Burundi ».