Elections au Niger: un double scrutin passé au crible

Des posters de campagne placardés sur les mur d'un passage à Niamey, le 16 février 2016.
© REUTERS/Joe Penney

Plus de 7,5 millions de Nigériens sont appelés aux urnes ce dimanche pour des élections présidentielles et législatives. Les bureaux ouvrent à 8h et ferment à 19h, sauf dans la région de Diffa, sous état d’urgence, et le département de Bilma, où les horaires sont avancés d'une heure. Quinze candidats briguent la magistrature suprême, dont Mahamadou Issoufou, chef de l'Etat sortant au pouvoir depuis 2011, pour un second mandat.

Les électeurs nigériens vont voter deux fois ce dimanche. Ils doivent d'abord choisir sur un bulletin unique leur président parmi les quinze candidats. Mais ils doivent aussi élire 171 députés en votant pour une liste ou pour un seul député dans les huit circonscriptions spéciales qui ont été créées pour prendre en compte les communautés, telles que les toubous, arabes ou kanuris.

Pour voter, il faut être muni d'une carte d'identité, d’un livret de famille ou d’un permis de conduire. Le vote par témoignage sera aussi possible. Cette modalité controversée autorise une personne sans papiers à voter si elle est accompagnée de deux témoins qui attestent son identité. 15% de l'électorat au moins est concerné.

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La grande inconnue c'est de savoir s'il y aura un deuxième tour ? Le pouvoir a clairement fait part de son intention de passer en « un coup KO », mais est-ce possible dans un pays où jamais un parti n'a eu la majorité au premier tour ? Les partis d'opposition qui se sont divisés ces dernières années seront-ils eux capables de faire le poids, sachant qu'Hama Amadou, un de leurs ténors, est en prison et n'a pas pu faire campagne ? Voilà pour les principales questions qui se posent à l'ouverture de scrutin.

Plus de 6 000 observateurs

Plus de 6 000 observateurs nationaux et internationaux sont accrédités. L'Union africaine a déployé une mission d'une quarantaine d'observateurs. Jean Eyeghe Ndong, ancien Premier ministre gabonais et chef de la mission de l'Union africaine, lance comme d'autres observateurs un appel pour des élections apaisées. « J'ai un message de paix, un message de calme, explique-t-il. Un message qui va dans le sens du respect des textes parce que le Niger est une république avec un arsenal juridique : la Constitution, les lois organiques, les lois ordinaires, avec des structures qui permettent de régler un certain nombre de problèmes par consensus. Ce sont les Nigériens eux-mêmes, tous les partis, qui ont mis tout cela en place. Par conséquent, j'ai des raisons d'être optimiste. »

L'Organisation de la francophonie (OIF), qui avait audité fin décembre le fichier électoral nigérien, a déployé une mission « d'information et de contact » d'une dizaine de personnes. Michel Kafando, ex-président burkinabè et chef de la mission de l'OIF, se félicite du calme qui prévaut jusqu'ici et souhaite que cela dure. « Il y va d'abord de l'honneur du Niger, il y va aussi de l'intérêt du peuple et aussi des parties prenantes. Tout le monde a intérêt à ce que ces élections se déroulent vraiment dans des conditions de paix et de sécurité, souligne-t-il. La phase cruciale, celle qui peut peut-être inquiéter, c'est le dépouillement. C'est là où nous pouvons avoir des contestations. (...) Si tout le monde convient qu'il y a des organes juridictionnels vers qui il faut aller pour vider tout contentieux, normalement il ne devrait pas y avoir de problème. »


■ A Diffa, journée de vote sous état d'urgence

Dans la région de Diffa, où l'état d'urgence est en vigueur à la suite de plusieurs attaques terroristes de groupes venus du Nigeria, de l'autre côté de la frontière, les conditions de vote seront un peu particulières. On compte aujourd'hui 100 000 déplacés dans la région. 150 localités se sont vidées ces derniers mois, alors les autorités ont dû s'adapter. Plus question d'installer un bureau là où il n'y a plus d'électeurs alors certains ont été déplacés, en particulier près de la nationale 1 qui traverse la ville et où sont aujourd'hui massées la plupart des personnes qui ont fui leur village.

Selon un élu local, des bureaux de vote ont aussi été regroupés pour permettre une meilleure sécurisation. Une priorité depuis l'instauration de l'état d'urgence il y a un an. Deux kamikazes se sont encore fait exploser il y a quelques jours sans faire de victimes.

Comme ailleurs au Niger, si les déplacés ne peuvent pas se rendre dans leur bureau, ils sont autorisés à voter dans n'importe quel autre bureau de la région de Diffa, munis de leur carte d'électeur. Ils s'inscrivent alors sur une liste additive. A l'exception faite de la circonscription de Ngourti où le scrutin est uninominal et réservé aux personnes originaires des lieux.

Aucun bureau ne sera installé dans les camps du Haut-Commissariat aux réfugiés, qui ne regroupent aujourd'hui plus que quelques milliers de déplacés.

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