RDC: un glissement de calendrier pour la présidentielle?

Le président de la Commission électorale nationale indépendante, Corneille Nangaa.
© MONUSCO/Alain Wandimoyi

En République démocratique du Congo, le glissement du calendrier tant redouté par l’opposition est-il devenu inévitable ? Le président de la Commission électorale, Corneille Nangaa, pose un vrai dilemme aux acteurs politiques : soit vous voulez un fichier électoral qui inclut les nouveaux majeurs, soit vous voulez respecter les délais prévus par la Constitution...

Pour comprendre l’enlisement du débat concernant les dates de l’élection présidentielle en RDC, il faut remonter le temps. A tout juste un an de la présidentielle, une mission de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) remet un rapport d’audit du fichier électoral en RDC en novembre 2015. La raison : l’OIF y explique que 20% de l’électoral, les nouveaux majeurs, sont absents du fichier ce qui pourrait nuire à la crédibilité du processus électoral.

A l’époque, l’envoyé spécial de l’OIF pour les Grands Lacs estime qu’il est encore possible, sous condition de volonté politique, d’avoir un fichier électoral acceptable et de tenir les délais constitutionnels à un ou deux mois près.

Révision du fichier électoral

Mais à l’époque, il est question d’une passation de marché par entente directe avec la société belge Zétès. Le contrat aurait dû être signé en janvier, mais la Commission électorale l’a dénoncé. Elle préfère lancer, le 10 février, un dernier appel d’offres ouvert. Conséquence : un allongement de quatre à cinq mois de l’acquisition du matériel nécessaire à la révision du fichier.

Du côté de la Céni, on affirme que l’UDPS n’aurait jamais accepté cet opérateur. Pour Samy Badibanga, l’un de ceux qui a critiqué la société Zétès, il s’agit d’une « faute intentionnelle » de la Commission électorale, une faute ayant pour but d’entériner le glissement.

Vol de stocks de cartes électorales vierges

Le président du groupe parlementaire de l’UDPS à l’Assemblée explique que toutes les difficultés soulevées par le président de la Céni sont connues de longue date : le problème de l’intégration des nouveaux majeurs, les critiques envers Zétès ou même le vol de stocks de cartes électorales vierges et le risque de les voir remises en circulation.

Du côté de la Commission, on se défend : la Céni n’est pas responsable, elle ne peut organiser les élections que si les parties prenantes jouent leur rôle.

Selon des documents internes à la Céni, il faudrait, à partir de l’annonce de l’appel d’offres, entre 13 et 16 mois pour venir à bout de la révision du fichier électoral. Ce ne sont que des estimations, a-t-on expliqué qui ne prennent pas en compte tous les paramètres et notamment un éventuel soutien de la communauté internationale.