Elections au Niger: l'opposition conteste les tout premiers résultats

Les leaders de l'opposition nigérienne Seïni Oumarou (2e à gauche), Amadou Boubacar Cissé (3e à droite) entourés d'autres candidats à la présidentielle en réunion à Niamey, mardi 23 février 2016.
© ISSOUF SANOGO / AFP

Les électeurs nigériens doivent faire preuve de patience. Les résultats de la présidentielle continuent d'arriver au compte goutte. Ils ne concernent pour l'instant qu'une petite frange de l'électorat, il est donc trop tôt pour en tirer une quelconque tendance même régionale. Mais les chiffres donnés dans certaines communes sont déjà contestés par plusieurs partis politiques dont les quatre qui composent la Coalition pour l'alternance 2016.

Il n'aura fallu que quelques résultats pour faire réagir les candidats opposés à Mahamadou Issoufou. Plusieurs ont relevé des incohérences entre leur propre décompte et les chiffres officiels. L’opposition, regroupée au sein de la Coalition pour l’alternance 2016 (Copa 2016), reproche à la Céni de n'avoir jamais donné la liste des bureaux autorisés à ouvrir. Certains vont même jusqu’à l'accuser de « complicité » avec le parti au pouvoir.

Ainsi, elle dénonce des résultats « fantaisistes et surprenants » ainsi que l’existence de milliers de bureaux fictifs notamment dans la région de Zinder. Les quatre leaders de la Copa, Mahamane Ousmane, Ama Hamadou, Amadou Boubacar Cissé et Seini Oumarou, préviennent qu’ils ne se laisseront pas voler les suffrages de leurs militants.

Un autre candidat à la présidentielle dénonce, lui, des fraudes dans les régions du nord du Niger. Adal Roubeid considère même qu’« il n’y a pas eu de vote dans la commune de Tamaya, du département d’Abalak ». Dans dix-sept bureaux, assure-t-il, ses délégués ont été en effet contraints de signer des procès-verbaux qui n’étaient pas les vrais. Adal Roubeid ainsi que les leaders de la Copa assurent avoir déjà alerté la commission électorale sur plusieurs cas précis d’irrégularités.

La Céni accablée

Pour le vice-président de la Céni, Maître Kadry, ces accusations sont totalement infondées. « C'est insupportable d'entendre que nous recevons des instructions de qui que ce soit », s'insurge-t-il.

Mais l'opposition n'est pas la seule à critiquer cette commission : nombreux sont les observateurs qui s'interrogent sur le fonctionnement de la Céni. Même dans le camp de la majorité certains font le constat d'un scrutin préparé dans la précipitation, avec des membres de bureau de vote nommés et formés à la dernière minute. « C'est comme si la mission avait été trop lourde pour les épaules des responsables », confie un membre du gouvernement.

La commission électorale reconnaît des dysfonctionnements dans l'acheminement des bulletins et confirme notamment que deux présidents de Céni régionales se sont autorisés à faire voter les militaires samedi, la veille du scrutin, et non le dimanche comme le prévoit la loi. Elle déplore à sa décharge avoir été minée par des querelles politiques qui ont retardé sa mission.

Le parti présidentiel réfute les accusations

Le parti présidentiel qui, lui, avait annoncé son intention de l’emporter dès le premier tour, se dit toujours très confiant et assure avoir une avance plus que confortable. Face à ces accusations, le parti au pouvoir dit d’abord ne pas être surpris car, affirme-t-il, l’opposition préparait sa contestation avant même le scrutin.

Le directeur de campagne du président Issoufou dément toute immixtion dans le travail de la Céni. Et assure que l’existence de bureaux fictifs est impossible. Pour le PNDS, l’opposition a tort de contester des résultats qui ne sont que partiels. Mahamadou Ouhoumoudou rappelle que le système électoral nigérien permet des recours à chaque étape du processus. Et que si les recours ne fonctionnent pas à un niveau, il y a toujours possibilité de s’adresser à l’échelon supérieur.

Contestation par voie légales, selon l'UE

Dans une déclaration rendue publique ce mardi, l’Union européenne a félicité les Nigériens pour leur mobilisation. L’UE rappelle aussi aux parties prenantes que toute éventuelle contestation devait se faire à travers les voies légales existantes.

La Cédéao salue le calme qui a prévalu durant le scrutin. Elle appelle les candidats à respecter le verdict des urnes. L'organisation régionale relève cependant des tentatives d'intimidations dans certains bureaux et demande à la Céni de tirer les leçons des dysfonctionnements, en particulier dans l'acheminement du matériel électoral.