Trafic de bois de rose à Madagascar: reprise d'un procès à Singapour

Bois saisis par les autorités et stockés dans la cour de la Direction régionale de l'Environnement et des Forêts à Antalaha (région SAVA, nord-est de Madagascar).
© © Marie Audran

La justice de Singapour vient de relancer un procès ouvert en 2014 concernant la saisie de 30 000 rondins de bois de rose destiné aux meubles de luxe, pour un montant évalué à 50 millions de dollars. Le commanditaire, un homme d'affaires singapourien, est suspecté d'importation illégale bien qu'il ait présenté au juge des documents officiels des autorités malgaches, censés autoriser cette exportation. 

Avec notre correspondante à Antananarivo, Sarah Tétaud

Vendredi dernier, le verdict est tombé : l'affaire liée à l'importation de 30 000 rondins de bois de rose malgache, saisis en 2014 à Singapour, devrait à nouveau être jugée. A l'époque, le ministre malgache de l'Ecologie s'était rendu à Singapour pour authentifier les autorisations d'exportation et l'importateur avait été acquitté. Pourtant depuis 2009, la législation malgache interdit toute exportation de bois de rose, qui est même interdit à la vente depuis 2012. Mais en novembre, le procureur de la Cour suprême de Singapour a fait appel de la décision d'acquittement, et le procès va donc reprendre à la grande satisfaction de la société civile malgache.

Georg Jaster, juriste à l'Alliance Voahary Gasy, une association de la société civile luttant pour la bonne gouvernance environnementale, se félicite : « C’est une chance que ce procès ait lieu à Singapour, parce que le déroulement des procès qui devraient avoir lieu ici, à Madagascar, sont absolument insatisfaisants. Ils n’aboutissent pas à des condamnations. Normalement, les procédures ne sont même pas ouvertes, donc elles sont classées sans suite ».

La société civile est convaincue que la commercialisation de cette cargaison était illégale. Elle espère que le gouvernement malgache poursuivra les personnes impliquées dans la falsification de ces faux permis d'exportation. Selon le Premier ministre, Jean Ravelonarivo, c'est bien ce que compte faire l'Etat malgache : « Ceux qui ont dépassé les limites seront punis suivant la loi et la justice, qui existent bel et bien à Madagascar. Il est de notre ressort de lutter contre ce fléau et de protéger notre patrimoine jusqu’au bout, quels que soient les moyens ».

D'après le Premier ministre, le trafic du bois de rose aurait nettement diminué depuis janvier 2015, date de son arrivée à la tête du gouvernement. Mais le bilan dressé par les organisations non-gouvernementales est nettement moins flatteur : la Grande Île ferait face à une recrudescence du pillage de ce bois précieux, finement orchestré par ses élites politiques et économiques. Et rien ni personne ne semble être en mesure de contrer ce pillage.

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