Sénégal: l'avocat Amadou Sall condamné à trois mois avec sursis

L'avocat sénégalais Amadou Sall (1er à droite) au tribunal de Dakar, mardi 23 février 2016.
© Guillaume Thibault / RFI

Au Sénégal, Amadou Sall a été condamné à trois mois de prison avec sursis pour offense au chef de l'Etat et atteinte à la sûreté de l'Etat. En mars 2014, lors d'un meeting, ce cadre du Parti démocratique sénégalais (PDS), ancien ministre de la Justice et avocat de Karim Wade, avait déclaré que « si Karim Wade était condamné, Macky Sall ne passerait pas une nuit de plus au palais ». Amadou Sall avait également traité le chef de l'Etat de « peureux », d'« incompétent », d'« incapable » et d'« impuissant ».

Amadou Sall était bien au tribunal ce mardi, mais un report de l’audience et un agenda très chargé l’ont empêché d’assister au verdict. Dans la salle 6 du palais de justice, une salle quasiment vide, l’audience de verdict a duré quinze secondes. Le temps pour le juge de déclarer Amadou Sall coupable des faits reprochés et d’annoncer la condamnation à trois mois de prison avec sursis.

Amadou Sall juge cette peine, demandée d’ailleurs par le parquet lors de son réquisitoire, très sévère, mais cette condamnation, explique-t-il, ne va pas l’empêcher de poursuivre ses activités politiques : « C’est une très lourde peine parce que je me considère comme innocent. Je considère que ne n’ai fait qu’exprimer une opinion d’un homme libre dans un pays libre. En tout cas j’ai la conscience d’un homme libre et qui a la conscience d’avoir accompli son devoir en tant qu’homme politique. »

Pour Amadou Sall, cette condamnation rime déjà avec le passé. Le cadre du PDS qui n’a jamais stoppé ses activités politiques déclare être en campagne pour le référendum convoqué par Macky Sall, le 20 mars, scrutin qui doit valider ou non le projet de réforme constitutionnelle. Amadou Sall appelle à voter non.

« Un procès politique »

« C’est affaire-là est derrière moi, ça n’a absolument aucune conséquence dans ce que je suis, dans ce que je fais et dans ce que je ferai et dans ce que je serai, a-t-il martelé. Je suis concentré sur mon référendum pour voter non et faire partir un président de la République qui n’a pas de parole parce qu’il n’a pas tenu sa parole. »

Les avocats ont prévenu qu’il n’y aurait pas de pourvoi en cassation. Pour Me Ciré Clédor Ly, ce procès est politique : « au cours des débats, tout le monde a pu constater que le chef de l’Etat ne s’est jamais impliqué. Il n’a jamais porté plainte. Je crois que ce genre de procès tue la démocratie et tue aussi les droits de l’homme. »

Si cette condamnation d’Amadou Sall clôt son dossier judiciaire, d’autres cadres du PDS restent en attente d’un procès, notamment le coordinateur du parti Oumar Sarr.

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