Y a-t-il un risque de famine en Erythrée?

Cet enfant de 14 mois souffre de malnutrition. Il est soigné au centre de santé de Ogolcho, en Ethiopie, région en proie à une sécheresse particulièrement forte, fin janvier 2016.
© Colin Cosier / AFP

Une sécheresse exceptionnelle frappe toute l'Afrique de l'Est, ainsi que l'Afrique australe, conséquence immédiate du phénomène climatique El Niño. L'Ethiopie a demandé l'aide de la communauté internationale, huit millions de personnes sont en état d'insécurité alimentaire. En novembre, l'ONU a également classé l'Erythrée, situé au nord de l'Ethiopie, dans la catégorie des pays à risques. Pour autant, ni les agences de l'ONU, ni les ONG de lutte contre la faim, ne sont en mesure de donner des informations précises sur le sujet. Et pour cause : l'Erythrée ne fournit aucune statistique et les associations humanitaires ont, pour l'essentiel, été expulsées du pays en 2006. Pourtant, que sait-on de la situation alimentaire en Erythrée ?

Difficile de savoir si, oui ou non, la famine menace aussi l'Erythrée, ce petit pays secret de la Corne de l'Afrique.

D'après les cartes publiées en novembre par le Programme alimentaire mondial, il y a de quoi s'alarmer : le « grenier à blé » du pays connaît cette année des récoltes se situant entre 50 et 70% en-dessous de la normale. Selon l'ONU, 1,5 million d'Erythréens sont concernés par l'insécurité alimentaire, dont 15 000 enfants en état de malnutrition.

Malgré l'extrême prudence des acteurs humanitaires sur la question, l'un d'eux a indiqué à RFI qu'il suivait la situation « avec inquiétude », ajoutant que, depuis plusieurs années, plus de la moitié des enfants de moins de cinq ans en Erythrée ont une taille ou un poids en-dessous de la moyenne... et que le risque existait, étant donné la sécheresse, que ces chiffres augmentent encore.

En coulisse, le pouvoir s'inquiète

Pour autant, selon un journaliste érythréen en exil, les pénuries à l'intérieur de pays ne sont pas encore alarmantes. Ou du moins, dit-il, « pas plus que d'habitude ». Selon lui, le rationnement par coupons institué par le régime permet de maîtriser la distribution du grain, même si celle-ci reste sous le contrôle de l'armée, et donc dépendante de la docilité avec le pouvoir politique.

Signe de la nervosité du régime toutefois, une source à Asmara a indiqué à RFI que le gouvernement s'était engagé à racheter les récoltes au-delà du prix du marché cette année, afin d'assécher le secteur informel et de maîtriser ses stocks.

Malgré tout, le président érythréen a déclaré lors d'une interview en janvier qu'aucune crise alimentaire ne menaçait le pays, grâce à « une politique judicieuse » et en s’appuyant sur les « réserves alimentaires stratégiques ».

Cela dit, la dernière fois que l'Erythrée a été touchée par un début de famine, en 2009, Issayas Afeworki l'avait publiquement nié. Mais un télégramme diplomatique, publié par WikiLeaks, a révélé qu'au même moment, il avait demandé l'aide du représentant régional de l'Unicef, en visite dans son pays.

Sécheresse et pénurie alimentaire en Afrique de l'Est et australe